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16 novembre 2006

Du bon usage de la photographie moderne

Pendant longtemps je n’ai pas aimé la photo. J’ai toujours trouvé non naturel le fait de trimbaler un appareil photo avec soi et de s’arrêter pour prendre des photos. Pour moi les souvenirs s’inscrivent dans la mémoire et n’ont pas besoin d’être fixées.

Mais voilà, récemment je me suis acheté un appareil photo numérique (oui moi aussi j’ai désormais un appareil photo numérique). Du coup je me suis replongé dans cette question qui m’a toujours taraudé : pourquoi fait-on des photos ? quand faut-il faire des photos ? qu’est-ce qui mérite d’être photographié ? Est-ce qu’une photo est là pour décharger notre esprit d’un souvenir, nous permettre de stocker à l’extérieur de nos têtes des choses que nous avons vues ? Qu’est-ce qui mérite d’être photographié lorsqu’un appareil numérique au ventre illimité peut indéfiniment brouter le monde ?
 

L’autre jour, en gare de Rennes j'ai pensé ça : j’étais à Rennes, c’était un vendredi après midi de novembre, tout était à la fois très banal et familier, une gare SNCF, et en même temps exceptionnel puisque je n’étais jamais allé à Rennes auparavant et que je ne prends somme toutes pas le train tous les jours etc. Que resterait-il plus tard de ce moment de ma vie, de ce vendredi après midi quelconque où je me suis trouvé en gare de Rennes ? Probablement rien. Alors j’ai sorti mon appareil photo et j’ai photographié ça, des bouts insignifiants d’une gare insignifiante en ce jour insignifiant. Je n’ai pas essayé de rendre la photo jolie, d’attendre que quelque chose se passe, de guetter l’instant magique ; juste conserver ce qu’à un moment donné j’ai vu.

Ainsi est née ma première série des NIM : les Non-Inoubliables Moments. Depuis, j’essaye d’élaborer une définition exacte du concept de NIM. Voici où j’en suis de ma réflexion:

  • Un NIM est un moment qui ne laissera probablement, spontanément, aucune empreinte dans notre mémoire.
  • Nous avons toujours tendance à faire des photos des moments mémorables. Or les moments mémorables dès lors qu’ils le sont vraiment, s’accrochent spontanément à notre mémoire et n’ont pas besoin d’être embaumés, recadrés et réduits dans une photo.
  •  En photographiant ces Non-Inoubliables Moments, on les rend mémorables, on en conserve un écho, voire on les mythifie. Les NIM sont des vrais moments de notre vie et nous n’allons pas décharner nos vies au point de n’en conserver que des images de vacances et d’anniversaires.

Qu’est-ce qu’un Non-Inoubliable Moment :

  •  Un NIM est un moment c'est-à-dire qu’il doit pouvoir être circonscrit dans le temps et dans l’espace. Par exemple rouler en voiture n’est pas un NIM parce que c’est une succession de moments. Etre arrêté à un embouteillage peut être un NIM. (à moins de faire des NIM vidéo, mais je n’ai pas de caméra vidéo alors je n’ai pas réfléchi à la question).
  •  Un NIM est un moment banal mais malgré tout exceptionnel. Les choses que nous voyons ou nous faisons tous les jours ne sont pas des NIM. Le NIM est un moment rare.

En guise d’illustration je met dans les album photos ci-contre, quelques unes des photos de NIM qui, je pense, illustrent le mieux le concept. N’hésitez pas à me dire si à votre avis ce sont vraiment des NIM ou pas.

Comment consommer des NIM : faire un slideshow aléatoire de ses photos de NIM comme économiseur d’écran de son PC, avec une cadence rapide et sans effets de transition. On raconte souvent qu’au moment de mourir on voit défiler toute sa vie en accéléré devant ses yeux. Avec ce slideshow de NIM vous recréez pratiquement la même chose sans avoir besoin de mourir.

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Voici les sites qui parlent de Du bon usage de la photographie moderne:

Commentaires

Etant le dernier à avoir commenter ce blog, je me permet d'être aussi le premier à me demander pourquoi il n'est plus actualisé ! Bien dommage car le contenu était de qualité !

Le NIM est un moment rare : joli paradoxe.
Et en effet, le quotidien banal recèle des MEN : les Micros Evenements Nababs (Je dépose de ce pas le concept) qui me paraissent tout à fait complémentaires des Non-Inoubliables-Moments.
Je dirais que dans tout bon NIM se cache un MEN.

Sur ce, je fais chercher un aspirine. ;-)

Je découvre avec plaisir ce blog et son auteur : je reviendrai.

Bonjour

j'ai lu beaucoup de choses sur votre site,mais je ne comprends pas des fois ce que vous racontez c'est normal ? ne le prennez surtout pas mal.

Je travaille en ce moment sur un projet Pré-Wimax et j'aimerais bien savoir s'il y a du bon retour sur les sites avant de commencer la mise en place de cette solution sur les miens.

Je vous remercie

Mon fils a 18 mois et gribouille sur des feuilles pour faire des dessins à Papa. Pour la plupart, ce sera une Non-Inoubliable-Oeuvre, pour moi c'est de l'art.

J'ai longtemps fait des Paris-Caen en train. Si le hasard t'avais porté à Caen plutôt qu'à Rennes, ta photo aurait évoqué pour moi plein de profonds souvenirs Inoubliables.

Amicalement,
Jérémie.

woa, monsieur est philosophe dis donc. Avec des vrais morceaux d'humour dedans en plus. L'idée des NIM est vraiment pas mauvaise. (sauf le dernier prémisse, je suis pas complètement convaincu par la rareté intrinsèque, mais bon, faut voir...) T'as pensé à déposé le brevet sous licence creative commons ?

Excellente idée et très bel album... nettement plus intéressant que ceux de certains qui s'amusent à mobloger toutes les conf' entre bloggers où ils vont ;o

Perso, j'en redemande ! [ps : classe la voiture, vraiment].

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Sites officiels de ce que je fais dans la vie

A tribute to every fucking tree of Death Vlei

  • Dsc08309
    Ces arbres sont morts il y a plus de 5000 ans, debout au milieu de nulle part dans le désert de Namibie. Ce sont les ancêtres de tous les arbres morts du monde. On peut même dire que le plus vieux des arbres vivants n'arrive pas à la cheville de ces arbres morts. Un arbre mort vit donc plus longtemps qu'un arbre vivant. Quelle belle leçon de courage. Nous nous devions donc de féliciter chacun d'entre eux. Solennellement.

Extension de la portée des bombes

  • Dsc013781
    Juillet 2006. Les bombes pleuvent sur le Liban mais peut-être pas seulement. Toutes ces paraboles dressées sur les toits de maisons au Maroc, sont elles négligeables ?

NIM: Les Non-Inoubliables Moments

Personal Networks

  • Dsc00055
    Voici des photos que j'ai prise à Beyrouth (Liban), plus précisément dans le quartier arménien (Bourj Hammoud). Pendant la guerre du Liban, tous les services publics faisant défaut, les libanais se sont mis à développer leurs propres infrastructures. Les rues sont toutes traversées par des câbles qui vont d'immeuble en immeuble. Ces câbles transportent (plus ou moins légalement): de l'électricité, des lignes de téléphone d'un immeuble à l'autre, des réseaux de télévision offerts par le Video Club du coin. Ces réseaux sont particulièrement fournis dans le quartier arménien où tout le monde est souvent à portée de câble d'un cousin. Ces images préfigurent pour moi ce que seraient des Personal Networks, c'est à dire la possibilité offerte à tout un chacun de créer son propre réseau pour se connecter à des membres de sa communauté. Nous sommes passés des ordinateurs centralisés à des ordinateurs personnels, nous tenons pour naturel d'avoir le pouvoir de traiter des données comme nous l'entendons sur nos PC. Les nouvelles technologies de réseau (le Wi-Fi pour ne pas le nommer) sont l'équivalent pour les réseaux de ce qu'ont été les PC dans les années 70-80. Le Wi-Fi peut remplacer les câbles qui ont été tendus dans le quartier arménien et rendre moins laide et fastidieuse l'interconnexion des gens. Imaginez les rues que j'ai photographiées avec plein de réseaux qui les strient mais de manière invisible. Imaginez surtout que toutes les rues de toutes les villes deviennent comme les rues du quartier arménien de Beyrouth, sans qu'on ait forcément besoin d'une guerre pour y arriver. r.