Il vaut mieux être perdu dans un endroit qu’on connaît bien
Vous allez encore penser que je n’ai rien compris à l’histoire mais je pense ça :
Je trouve que les services de géopositionnement sur mobile et la publicité géolocalisée c’est génial.
Le scénario est super simple : tu es quelque part dans la rue. Soudain, tu as envie de sushis. Mais, tu ne sais pas où il y a des sushis autour de toi. Alors tu sors ton téléphone, tu lances Googlemap, tu lui demandes où tu es et où il y a des marchands de sushis aux alentours. Googlemap, se connecte en utilisant ton forfait data, te met des verrues rouges sur la carte pour dire où on peut manger des sushis à la ronde et hop tu vas chez le premier venu parce qu’il est pas loin et tu manges de délicieux sushis et c’est super. Google touche peut-être 0,04 cts de la part du restaurant, le marchand de sushis touche ses 50 Euros, le serveur prend 5 euros de pourboire et toi tu n’as plus faim. C’est assez sain.
Sauf que dans la vraie vie ça ne se passe pas comme ça, en tout cas pour moi.
Dans la vraie vie, quand je suis en France, je cherche rarement les choses. J’habite à Paris et j’y suis très rarement perdu. Je sais où on trouve des sushis, je connais des gens qui peuvent m’en indiquer d’autres et tout et tout. Non, il se trouve qu’on a une fâcheuse propension à être plutôt perdu quand on est à l’étranger. Le scenario du sushi ci-dessus je l’ai vécu. Je l’ai vécu plusieurs fois (et encore pas plus tard qu’hier) mais c’était à Berlin, à Copenhague, à New York, à Los Angeles ou Amsterdam. Tout s’est passé exactement comme décrit ci-dessus, sauf que évidement je n’étais pas en France, que j’ai un abonnement chez Orange et que fatalement tout ça était hors forfait data voire carrément en roaming. Par conséquent l’équation économique a été : 0,04 cts (et encore je ne suis pas sur) pour Google qui m’a tiré l’épine du pied, 50-100 Euros pour le restau japonais qui m’a nourri et 7 à 15 euros pour Orange, c'est-à-dire plus que le pourboire du serveur. Je ne sais pourquoi, mais l’idée de laisser un pourboire à M. Lombard pour mon diner me dérange un peu.
Une fois, à New York j’ai essayé de trouver mon chemin vers l’adresse d’un magasin grâce à GoogleMap. Le coût en trafic data facturé par Orange a été proche de 100 Euros. A ce prix là j’aurai pu prendre 4 taxis qui auraient pu m’amener directement là où j’allais.
Pourquoi je dis ça ? D’abord par méchanceté certes et basse acrimonie, mais pas seulement. Je dis ça parce qu’il faut arrêter de considérer benoitement que l’Internet mobile c’est formidable qu’il y a des tas d’applications merveilleuses et de faire comme si le prix des communications n’était pas un problème, n’était pas un frein à la démultiplication des applications et à la généralisation de l’usage.
Pour prendre le seul exemple de la géolocalisation et de la recherche à proximité, le service est réel, mais dans la chaine de valeur le rapport prix/valeur de l’opérateur est exorbitante. Il faut regarder les usages dans les circonstances vraies de la vie et non pas dans des scenarios qui ne sont là que pour illustrer des publicités. Dans la vraie vie, on ne doit utiliser des services mobiles qu’en cas d’extrême nécessité, pour trouver de l’eau lorsqu’on est perdu dans le désert par exemple.
Qui plus est, nous sommes (parait-il) à la veille de l’Internet des Objets, lequel, selon le discours des opérateurs mobiles et des constructeurs de téléphones, ne serait guère qu’un appendice de la téléphonie mobile (1). Si tel est le cas, je pense qu’il est encore plus urgent aujourd’hui de mettre en plat la tarification des opérateurs mobiles, de la ramener au niveau de l’Internet fixe. Les opérateurs mobiles ont la prétention d’être de plus en plus au nœud de tout avec une valeur ajoutée propre qui est médiocre, il serait temps de les ramener à leur juste niveau de prix.
Mais encore une fois, je n’ai peut-être rien compris, c’est peut-être très bien comme ça, peut-être que les opérateurs mobiles sont très gentils, qu’ils ont raison et qu’on doit leur dire merci.
(1) Après tout à chaque révolution on se réfère forcément à la situation précédente en considérant qu’il s’agit forcément d’une évolution linéaire de ce qui existe déjà. Au milieu des années 90 on parlait des autoroutes de l’information qu’on voyait comme une télé avec 5000 chaines. On avait du mal à se départir du modèle télévisuel. A la place on a eu l’Internet qui a non seulement plus que 5000 chaines, mais qui a même rendu obsolète l’idée même de chaine. Aujourd’hui on raccroche l’Internet des Objets à la téléphonie Mobile parce que les rois actuels du pétrole sont les opérateurs mobiles, comme l’étaient au début des années 90 les grands networks de la télévision.
Excellent ton article.
Dans la même veine sur le blog de Myriam :
Les oreilles des pauvres* : du business de la pauvreté chez Orange : http://www.crushofthemonth.com/a/2009/05/les-oreilles-des-pauvres-du-business-de-la-pauvreté-chez-orange.html
Rédigé par: Luc-Olivier Lafeuille | 14 mai 2009 at 19:00
Je vous contacte sur votre dernier poste en esperant aussi un retour. J'aimerais pouvoir entamer un echange avec vous sur votre experience dans les messageries roses, sur le Minitel. Tout ca pour une recherche que je mene a titre personnel, dans le cadre de mes etudes.
Si vous etes d'accord, vous avez mon adresse mail a cote.
Au plaisir de vous lire,
Elena
Rédigé par: Elena | 04 mai 2009 at 01:43
ail! Tu met le doigt encore et toujours là ou ça fait mal :)
Et dire que je suis passé à la 3G en me disant en effet que mon mobile allait être le prolongement de mon ordi ... et en effet, rapidement l'on arrête de payer la non-R&D des opérateurs historique ... Et l'on croise les doigts pour qu'Iliad réussisse à apporter autant qu'a internet dans le milieu de la téléphonie mobile!
Comment cela l'on ne peut pas réver un peut ? ;)
Rédigé par: Ludo | 20 avril 2009 at 15:32
Merci pour les commentaires pervasifs que vous avez posté un peu partout sur ce blog, M. de Champris et croyez bien que je suis désolé de ce qui vous arrive. Toutefois, ayant vendu Ozone à Neuf Cegetel (Aujourd'hui SFR) il y a deux ans et n'ayant plus depuis aucun rôle dans sa gestion j'ai bien peur de ne pouvoir plus grand chose à votre situation.
Rédigé par: rafi Haladjian | 13 avril 2009 at 07:24
Je suis perdu avec Ozone dont je suis un client payant et dont les services techniques ne répondent à aucun message par mail ou laissé sur leur boite vocale des semaines durant. Comment puis-je faire Monsieur Haladjian pour que ma connexion fonctionne correctement en plein Ve arrondissement de Paris. Votre société semble être un désert, ou un mur au choix de l'internaute utilisateur que je suis en l'absence totale et trop persistante d'interlocuteur. Un réseau pervasif peut-il se construire dans le mépris des utilisateurs?
Rédigé par: Luc de Champris | 13 avril 2009 at 02:07
Coucou
J'aime toujours autant ta façon de résonner que j'approuve d'ailleurs
Cat
Rédigé par: Catherine Bouvyer | 09 janvier 2009 at 10:17
Et encore...
Je suis dans le désert, j'ai soif.
Merde, pas de réseau !
Rédigé par: Manu | 25 octobre 2008 at 13:37
on peut aussi considérer que tout le monde ne sort pas de chez lui pour aller a New York ou Londres ;)
Exemple, j'ai été "perdu" a Clermont Ferrand récemment, et bien j'ai quand même pu manger une pizza !
Rédigé par: Anonymous :) | 29 septembre 2008 at 08:39