Disons le tout de suite : je n’aime pas Apple. Le culte aveugle, convenu et imbécile -comme tous les cultes- qu’on voue à Apple me gène. Le regard à la fois détaché et supérieur de ceux qui arborent leur iBook avec sa glorieuse Pomme ostensible et lumineuse m’a toujours semblé grotesque.
Personnellement je suis un pauvre type et je continue à m’accrocher à un ordinateur sous Windows XP perclus de rhumatismes mais qui depuis un certain temps me semble extraordinairement plus ouvert que le monde magico-carcéral d’Apple. Ironiquement, ayant vendu Pixar à Disney, Steve Jobs est devenu le nouveau Disney : tandis que Disneyworld devient kitsch c’est Apple qui crée désormais des expériences merveilleuses, fliquées jusqu’au dernier bouton de guêtre, dans lesquelles des utilisateurs, des étoiles dans les yeux et bavant de bonheur, sont susceptibles d’abdiquer toute volonté et consommer ce qu’on leur dit de consommer. Les nouveaux produits d’Apple sont de plus en plus conçus comme des Parcs d’Attraction à tous les sens des termes.
Etant donné ce qui précède et, ne fusse que par pure mauvaise foi, j’aurais donc une tendance naturelle à dire du mal d’Apple et en particulier de l’iPad. Je rêvais, à l’occasion de l’annonce du 27 janvier, d’une Barack Obamisation de Steve Jobs : un jour, ces gens qu’on pense surnaturels, infaillibles et providentiels deviennent bêtement humains par excès de confiance, par panne d’imagination ou à cause des lois de la gravitation. Mais voilà, malgré l’exaspérant show d’autoglorification, malgré la vidéo sur Apple.com dans laquelle les gens ont tous l’air halluciné d’effrayantes Bernadettes Soubirous, malgré leur chapelet de superlatifs incantatoires : je dois reconnaitre que l’iPad est un objet révolutionnaire au sens plein de révolutionnaire.
Oui, l’iPad n’est jamais qu’un iPhone maxi ; non, l’iPad ne fait pas de multitasking ; non, il ne tourne pas sous Mac OS mais sous iPhone OS ; oui, il n’a qu’un pauvre clavier virtuel de merde. Mais ce sont précisément tous ces choix qui font de l’apparition de l’iPad un évènement majeur : l’iPad inaugure la fin officielle de l’Informatique pour introduire vraiment la vie numérique (l’expression est plouque mais je n’en ai pas trouvé d’autre).
Depuis quasiment les débuts et jusque dans le dernier des Netbooks, tous nos ordinateurs se sont inscrits dans une même trajectoire. Leur code génétique est resté celui de la machine à écrire, c'est-à-dire d’un outil de travail. Né dans un labo mais élevé dans le monde de l’entreprise, l’ordinateur a conservé son ADN de poste de travail. Un ordinateur est un truc en face duquel on s’installe pour travailler, en tout cas pour passer du temps. Même quand il est posé sur les genoux, la position du corps implicitement induite par sa forme et par la prééminence de son organe clavier est celle de la Dactylo raide sur sa chaise. Le corps doit se placer de sorte à pouvoir taper sur un clavier. Ce clavier nous rappelle les valeurs fondamentales de l’objet : nous sommes là pour entrer des choses, pour travailler, ceci est un outil de productivité.
Les logiciels eux aussi traduisent une conception de l’ordinateur héritée du monde du travail. Ils sont gros comme des investissements, complexes comme des outils professionnels. Ils mettent un certain temps à démarrer parce qu’ils présupposent toujours un monde dans lequel on passe un certain temps devant son ordinateur, ou être devant un ordinateur est une activité pleine, exclusive et durable qui justifie un entrainement et de la patience.
L’iPad vient de manière radicale rompre cette lignée évolutive. Comment ?
De l’Origine des Espèces ( « mais ce n’est qu’un iPhone géant, hi hi !»): l’iPad ne s’inscrit pas dans la descendance génétique du Grand Ordinateur mais de celle du téléphone mobile et ça change tout.
Au lieu de l’approche traditionnellement suivie du Top Down, dans laquelle on part de l’Ordinateur bouffi pour le simplifier, Apple adopte une approche Bottom Up : partir du monde par nature simplifié du téléphone mobile pour l’amplifier. Ce faisant, il se débarrasse de l’héritage encombrant d’outil de travail et toutes ses scories que se trimbale l’Ordinateur génération après génération. Sur un téléphone mobile la place est chère, en ressources, en espace d’écran, en temps disponible de l’utilisateur, en confort de l’environnement. Ici pas de place pour des logiciels, il faut faire des Applicationnettes, ces petits objets spécialisés à fonctions réduites, simples comme des peignes, qu’on lance pour quelques minutes avant de reprendre le cours de sa vie. Sortir du paradigme du poste de travail pour entrer dans celui de la vie numérique c’est cela : la relation avec l’ordinateur n’est plus un moment exclusif, une session pour laquelle on s’installe, mais une succession d’échanges courts tout au long de la journée. La vie prend le dessus sur l’ordinateur. La vie numérique n’est pas faite de moments On et de moments Off, elle est faite d’activités ordinaires avec une surcouche, un renfort, une ombre, un référent, une assistance numérique permanente. Dans ce rôle de prothèse, la culture du téléphone mobile, de l’iPhone OS est beaucoup plus pertinente que celle de l’ordinateur et de son Mac OS. Dans ce contexte l’absence de multitasking n’est finalement même pas un manque, c’est la logique même : dans la vie numérique vous multitaskez votre vie avec une application et non pas deux applications entre elles comme sur un ordinateur auquel vous vouez votre temps.
Atrophie du clavier : Dans la téléphone mobile la sélection naturelle a très vite cherché à planquer ce clavier trop encombrant. Descendant de l’espèce, c’est naturellement que l’iPad se débarrasse de cette excroissance génétique des ordinateurs. Ce faisant, il introduit dans le monde de l’informatique ce qui fait le A de ADSL. En Télécom ce A veut dire Asymétrique et signifie que l’utilisateur envoie beaucoup moins de données sur un réseau qu’il n’en reçoit. L’utilisateur est le plus souvent passif. Cela va à l’encontre de la conception d’outil de travail, de productivité qu’ont toujours les ordinateurs. L’iPad nous dit : arrêtons ce mythe du Web 2.0 et du contenu généré par les utilisateurs. La grande majorité des utilisateurs sont passifs et se contentent de consommer ce qu’un très petit pourcentage de gens produisent. Pourquoi faut-il continuer à imposer un clavier si encombrant pour entretenir l’illusion de l’utilisateur producteur ? A quoi bon un clavier pour écrire confortablement des textes longs quand la capacité d’attention que les gens ont à vous consacrer n’est que de 140 caractères ? A quoi bon un clavier dur, entier et permanent quand tout ce qu’on est dans la vie c’est au mieux un retweeter.
Je pense que l’iPad n’est pas une catégorie bâtarde entre le téléphone portable et l’ordinateur. Je pense qu’il est la future catégorie principale. Aujourd’hui la majorité des ventes d’ordinateur se font dans le grand public à qui, pourtant on continue à proposer des descendants de postes de travail. L’iPad devrait, je crois assez rapidement, faire sortir les ordinateurs du tableau, les marginaliser, les renvoyer dans les bureaux ou les Data Center, à les rendre aussi pertinents dans le monde domestique qu’une machine à affranchir.
Il parait tout à coup dérisoire le temps où Microsoft était maitre du monde juste parce qu’il faisait des logiciels pour écrire des rapports que personne ne lit, des présentations stériles et des feuilles de calcul. Apple veut prendre le contrôle de tout le reste, c'est-à-dire de toute la vie et non pas celui de ces moments marginaux pendant lesquels effectivement on travaille.
Mais l’iPad n’est pas la fin de l’histoire. Il n’est qu’un chainon dans l’évolution qui mène inéluctablement à la dis-apparition de l’ordinateur, c'est-à-dire sa fusion complète et limpide avec notre environnement et nos vies.
S’il modifie notre relation à l’ordinateur, l’iPad ne change pas le paradigme du guichet, celui de l’objet médiateur exclusif. Nous restons dans un environnement stupide dans lequel il est nécessaire de passer par une seule porte consacrée pour atteindre l’Intelligence, la Joie et le Commerce.
Dans le monde d’Apple, strictement monothéiste, il n’est de Dieu que Dieu et toute relation avec l’au-delà numérique doit passer par l’Objet Saint. Apple imagine un monde monomodal dont il serait le nombril. Pour cela, l’icône reste indispensable. Dans la vie numérique proposée par Apple, la prothèse doit rester apparente, ostensible, prosélyte. Comme disait Jean-Paul Sartre en parlant d’Apple, « le Media est le Message ».
L’avenir de la vie numérique est à la disparition du lieu de culte unique : tous les objets de la vie devraient pouvoir parler directement avec l’au-delà numérique, sans médiateur, de manière transparente et nécessairement banale. Il ne devrait plus y avoir d’Objet Elu.
Ce que Apple ne saura jamais faire, c’est devenir transparent or le sens de l’histoire serait qu’il le devienne. Quand le monde entier devient magique, on n’a plus besoin de Magic Kingdom.
Il y a quelques années Umberto Eco avait comparé Apple à l’église Catholique et Microsoft à l’église protestante. Je pense qu’en ce qui concerne Apple cela devient encore plus pertinent qu’avant.
Voilà, for no special reason, j’avais tout à coup envie d’écrire tout ça, parce que j’ai encore un clavier.
r.
Full Disclosure : l’auteur de ce texte a un iPhone 3GS et un iPod.
Steve Jobs, je t'observe.
Ève et Adam
Job > patience > attend > Adam
Steve > St + Ève > Ève
Amélie Nothomb (dans "Ni d'Ève ni d'Adam, 2009) parle justement de l'asobu japonais.
Le créneau d'Apple c'est justement de croquer la pomme, l'otium latin, l'asobu japonais.
http://www.youtube.com/watch?v=nbJy0O4UFSM
Logo d'Apple = Taiwan (Why not?) au-dessus de la Chine.
Taiwan a la forme de Pi. D'où Apple Pie.
Rédigé par: JA_NY | 01 mars 2010 à 15:37
Oui, j'ai vraiment péché. I'm bad. Ipad.
http://www.youtube.com/watch?v=QnroWnC6seQ
Rédigé par: JA_NY | 01 mars 2010 à 15:08
C'est vrai que le clavier est associé à une fonction. Clavier > greffier est là pour nous le rappeler.
Pour ma part je crois que l'Iphone a déjà bouffé le clavier. Il est plus intuitif de taper Écriture sur un Iphone que sur un clavier azerty.
Déjà, Apple au temps de Mac OS X (c. 2003) a fait un effort en répertoriant de façon précise les langues.
Comme Michael Kaplan l'avouait à la 23ème conférence Internationalisation d'Unicode, à Prague en 2003 : Microsoft ne peut modifier sa cartographie sans remettre en cause l'édifice Windows tout entier.
C'est donc par cette protubérance infirme que Microsoft va probablement s'effondrer, soit dit en passant.
On a fait tout un tintouin avec la loi Toubon dans les années 1990. Et après ? Plus rien sur le traitement informatique de la langue française (diacritique, typographie).
On s'est jeté à corps perdu dans l'innovation anglo-saxonne, en oubliant parfois qui on était.
Aujourd'hui, comptez les gens qui respectent l'accentuation des majuscules et les ligatures de leur propre langue.
Le Conclave et le clavier ne proviennent-ils pas de la même racine, la clé latine ? Si Apple refuse maintenant le clavier, alors la boîte de Pandore doit déjà être ouverte.
Dans Ipad il y a "Dis pas". Pas étonnant qu'on nous troque le verbe pour l'image.
Après tout nous restons des dactylos.
Rédigé par: JA_NY | 01 mars 2010 à 14:30
Tout ce que vous dites est tellement dense que pour le coup j'aimerais bien pouvoir me référer à vos billets comme à des versets.
Rédigé par: JA_NY | 26 février 2010 à 19:26
L'avantage de Twitter c'est que ça vous apprend à être concis. On doit sûrement pouvoir distinguer parmi les commentateurs les bloggers des twitters. Vous seriez un formidable twitter je pense, car vous avez l'art de la formule.
Rédigé par: JA_NY | 26 février 2010 à 18:56
Bah,
moi j'en connais qui aime l'iPad et Apple et qui en ont fait un site bien informé...
www.generationpad.fr
de la pub ok mais ipad'mal à s'faire du bien" , hein!
Rédigé par: jeffrey | 19 février 2010 à 20:54
Critique plus que classique d'Apple, le coup de l'église, c'est un vieil argument, ressassé en boucle par tous les trolls pro Windaube...
Concernant l'usage de l'iPad, on en est qu'au tout début, souvenez-vous des premiers iPods, et comment s'en moquaient tous les trolls, qui ont tous maintenant un iPhone...
Apple est une multinationale, pas une œuvre de bienfaisance, elle prolonge ses succès de l'iPod, puis de l'iPhone avec l'iPad, c'est tout simple...
Par ailleurs elle continue de s'adresser aux créateurs, voyez les Mac Pro, les applications telles que Logic Suite (musicien), Aperture (photo) et Final Cut Suite (vidéo), tout en en déclinant des versions pour le grand public, avec iLife (iDvd, iPhoto, iMovie, iWeb)...
L'iPad ne détrônera pas les ordinateurs, par contre pour écrire, il y aura Pages (un traitement de texte plus qu'honorable)...
Pour les applications elles seront ce qu'en feront les développeurs et ce qu'achèteront les clients, la puissance de la machine étant tout de même supérieure à celle d'un iPhone.
Les journaux y voit une façon d' enfin pouvoir valoriser leur travail de journaliste, c'est un vrai travail, rien à voir avec celui d'un blogueur, évidemment, ils devront faire valoir leur différence, s'ils veulent survivre, investigations, enquêtes, etc...
Pour ce qui est des livres, là aussi, il ne s'agit pas de supprimer le papier, la voiture n'a pas tué le vélo, ni le cheval, mais, par exemple au prix du mètre carré actuel, pouvoir avoir une bibliothèque de mille livres dans un iPad, pas mal tout de même, même pour moi qui aie plusieurs milliers de livres papier...!
Pour finir, connaissez-vous un industriel, un commerçant qui va dire que sa marchandise n'a rien de nouveau, est de la merde, etc... Arrêtez de rêver, c'est une multinationale, qui avance dans un monde ultra concurrentiel, soumis à la bourse, devant essayer d'avoir un temps d'avance sur ses concurrents...
Tant qu'elle restait dans sa petite niche, tout le monde s'en foutait, mais maintenant, qu'en quelques années, elle a écrasé la concurrence dans la téléphonie mobile, le marché de la musique numérique, elle fait peur...
Pendant de longues années, c'était elle qui devait essayer d'adapter ses standard à Windaube, maintenant elle tente d'imposer ses standards, quoi de plus naturel dans ce monde capitaliste?
Quand elle était dans son monde de niche avant-gardiste, les mêmes étaient fiers d'avoir un Apple, maintenant que c'est devenu plus "grand public", il fait bon ton de s'en défaire, pour avoir l'air... Apple n'est plus "happy few", c'est ce qui enragent certains...
Avant de juger cet iPad, il; faudrait peut-être l'avoir essayé? Je ne crois que ce soit votre cas, non?
Rédigé par: angelo mysterioso (alias e. Harström) | 16 février 2010 à 23:53
>STuFFk : je pense que Jobs n'est pas responsable, il est juste celui qui fait les choses au moment propice, ni trop tôt (les prédécesseurs seront oubliés) ni trop tard (les suiveurs se battront pour des miettes). Moi aussi je regrette ce qui est en train de se produire, mais la génération des pionniers de la micro a fait son temps, dans un sens c'est inévitable ( mes deux centimes : http://www.hyperbate.com/dernier/?p=8582 )
Rédigé par: Jean-noel Lafargue | 12 février 2010 à 23:49
Chapeau pour ce (très bon) parallèle entre l'évolution des ordinateurs et l'évolution des espèces !
J'ai écrit ailleurs que Apple est malin, et que j'ai compris avec l'iPad pourquoi Apple garde le contrôle du matériel, et du logiciel: non pas forcément pour maximiser les bénéfs, mais pour pouvoir agir plus librement à la fois sur la techno et les usages.
Apple fait SOUVENT évoluer les 2: la techno et les usages, ou dit autrement, les 2 sont fortement couplés chez Apple. Il en est de même pour l'iPad.
C'est pourquoi IMHO les produits Apple sont plus un saut dans l'inconnu que les produits d'autres marques. Ils se révèlent, ou pas, à l'usage.
Si je reprends ces propos selon la perspective (féconde) de l'évolution des espèces, je dirais que la techno, c'est la poule et l'oeuf, les usages. Les concurrents d'Apple se battent avec la poule OU l'oeuf. Apple a compris qu'il y a co-évolution et propose à la fois la poule ET l'oeuf. Je vois ce choix d'Apple un peu dans la lignée d'Alexandre qui a brisé les "règles" en tranchant le noeud gordien.
Rédigé par: Dominique De Vito | 09 février 2010 à 21:25
Bon, j'adhère, as usual.
D'une manière générale le culte des marques me gave, donc le coup de pied dans les tibias d'Apple, ça me plaît bien. Celui qui a dit les choses les plus sensées sur Apple reste Forrest Gump, n'est-ce pas ?
Sur la vision, j'attends avec curiosité de voir ce que rafi construit au-delà de cette argumentation, comment il va transformer cette argumentation en qque chose.
Enfin, peut être que je me trompe, qu'il y avait juste un blog à alimenter, un clavier à user et un PC sous Windows Xp à faire un peu bosser.
Même si c'est que ça, c'est bien.
Rédigé par: Philippe | 09 février 2010 à 19:23
Je pense connaître certaines facettes de Stve Jpbs: je l'ai eu comme patron lorsque je travaillais chez NeXT.
Ce type est complètement givré et mégalomane et a toujours fait chier tout le monde avec sa manie de vouloir manger une pizza végétarienne là où on ne peut pas en trouver.
Mais il a une capacité monumentale à prévoir, prédire et ne pas se tromper trop souvent (si on excepte l'Apple III, le Lisa, le Newton, NeXT et probablement quelques autres...).
Il a anticipé la dématérialisation de la musique, pour commencer, avant de poursuivre avec les autres contenus multimédia. Pendant que Olivennes, alors à la tête de la FNAC, a donné l'impulsion à la future loi Hadopi, se repaissant sur les marges obscènes dégagées sur le dos des artistes, lui (Jobs) a fait en sorte qu'on n'ai plus besoin d'acheter un morceau de plastique pour écouter ce qu'il y a dessus. Et il ne semble pas s'en porter plus mal. Il me débecte moins que Pascal Nègre et sa tronche de vautour, essayant de préserver sa position abusive et le mot est faible (après de tels propos, j'ai intérêt à économiser pour payer l'avocat...).
Il y a encore peu de temps, je devais choisir quels CDs je devais insérer dans mon pourtant énorme juke-box de 200 CDs avant de pouvoir bénéficier de l'"automatisme" d'exécution des CDs en me servant de ma télécommande. Evidemment, il n'y avait jamais le bon CD dans le juke-box.
Aujourd'hui, je branche mon iPod ou mon iPhone sur n'importe quel élément capable de restituer du son et en voiture Simone.
Demain, l'objectif de Jobs est de faire consommer du contenu avec plus de facilité, à travers un ou plusieurs terminaux (iPad ou autre). Car évidemment, sa richesse ne se fera pas avec le contenant mais avec le contenu. On se fout du iPad mais les stocks de contenus seront le nerf de la guerre.
On l'a vu à la sortie de la 2eme Guerre Mondiale avec la constitution d'un stock de films par un alors futur magnat de l'image dont je ne me souviens plus le nom (alors que je devrais m'en souvenir...).
Ce qui me gêne, c'est la perspective que certains contenus quittent pour de bon leur contenant. J'aime bien poser un livre-navet (acheté pour les vacances) sur mon visage pour me protéger les yeux du soleil quand je bronze sur la plage. Je n'ai pas envie de me poser un iPad sur la gueule sous prétexte que c'est devenu le seul moyen de consulter des contenus.
Je ne suis pas certain de vouloir lire la biographie de Blaise Pascal (par sa belle-soeur) autrement que dans la Pléiade car c'est comme ça que je l'ai découvert et cette édition me semblait être la seule à la hauteur du grand homme.
Et j'en passe...
Les terminaux comme le iPad me semblent adaptés aux contenus de qualité moyenne à médiocre mais pas aux contenus haut de gamme.
Et surtout, je n'ai pas envie que Apple ou Amazon décident de ce qui est encore disponible à la consultation/écoute/lecture.
George Lucas a fait une tentative dans ce sens en essayant d'imposer la diffusion par satellite de ses films après avoir tenter de forcer les distributeurs à rééquiper leurs salles pour une telle réception/diffusion.
Le prétexte était de s'affranchir de la coûteuse expédition des bobines et de leur fragilité dans le temps et les déplacements.
Le but ultime était de pouvoir couper le robinet aux distributeurs qui auraient un jour remis en question les conditions de diffusion/distribution.
Et là réapparaît ma peur digne de la vieille Europe: non je ne veux pas que les marchands du temple mettent la main sur du contenu considéré comme étant passé dans le domaine public pour la seule raison qu'ils auraient investi dans sa numérisation.
Pour finir (et en profiter pour m'excuser pour cette tirade presque aussi longue que celle de Rafi), j'ajouterais que la guéguerre Windows/MacOSX est évidemment stérile à partir du moment où on a goûté à MacOSX, tant il est évident que les développeurs d'Apple et les indépendants développent du logiciel à coups de neurones alors que Microsoft développe le sien à coût de rachats. Et ça se voit à l'utilisation...
Rédigé par: Olivier Tréger | 08 février 2010 à 23:33
Cher rafi,
Bravo pour ton analyse, j'y adhère parfaitement ... mais pourquoi ce couplet anti-Apple ? Alors que tu avoues subir un "ordinateur sous Windows XP perclus de rhumatismes".
Je suis entré dans l'église Apple il y a longtemps, non par croyance, mais parce que les outils qu'ils proposaient répondaient à mes attentes.
Je crois me souvenir que tu m'as dit avoir eu un temps un Mac sur ton bureau !
L'impertinence, l'arrogance des entreprises est gênante, oui et Apple comme d'autre d'ailleurs en use et abuse, mais la qualité, le design et l'innovation compense à mes yeux largement ce léger défaut.
Encore merci pour ces lignes qui peut être convaincrons les plus septique qu'Apple encore une fois viens de proposer une innovation majeure.
Rédigé par: Yves Tévonian | 08 février 2010 à 22:01
Très bonne analyse de trajectoire.
(mais attention aux excès de sushis, A, c'est Asymmetric :)
Rédigé par: AymericPM | 08 février 2010 à 08:54
Etant Apple fan, et utilisateur, depuis 25 ans, je suis obligé de défendre mon "église". (oui je sais personne ne me le demande, mais certains anticonformismes sont en réalité des conformismes un peu irritants)
D'abord Apple a montré depuis le retour de Jobs sa capacité à se remettre en cause:
- elle a flingué ses deux OS propriétaires (Copeland puis NextStep) pour tout rebâtir sur un Unix, ce qui est un gage d'ouverture.
- elle a accepté une entrée de Microsoft à son capital pour garantir le développement d'Office sur mac
- iTunes a été porté sur Windows pour pousser l'iPod.
- le PowerPC a été abandonné pour passer sur Intel
- elle a soutenu la suppression des DRMs nécessaire au développement de l'industrie
- sur l'iPhone les applis ont été acceptées alors qu'au départ, il n'y avait que des web apps
- enfin, en une demi-douzaine d'années, elle s'est reconvertie depuis les ordinateurs dans la musique et le mobile.
En réalité, Apple est une des seules sociétés fabricant des ordinateurs à bien gagner sa vie et elle le doit à sa capacité d'innovation, pas à son marketing.
ça ne l'empeche pas d'avoir un marketing, mais il ne faut pas tout prendre au premier degré.
Par exemple, la vidéo sur l'iPad peut être interprétée comme une volonté de répondre aux attentes trop élevées qui étaient apparues: en insistant sur la révolution des usages (le même point de vue que le tien) pour anticiper sur les critiques d'absence d'innovation fonctionnelle, tout en protégeant Jobs en mettant en avant toute l'équipe de direction, au cas où ça serait un flop
De toute façon, ce n'est que la version 1, et la suivante (http://hseverac.wordpress.com/2010/02/02/la-suite-de-lipad/) sera mieux. Il est tout à fait possible que le vrai décollage ne se fasse qu'à ce moment
(sur la comparaison entre les OS, ça fait au moins 10 ans que c'est ringardissime d'en discuter, donc je n'essaierai pas, mais passant plusieurs heures par jour depuis longtemps sur chacun, j'ai une opinion assez établie.)
Ces précisions ne sont pas que des enfantillages; c'est aussi une façon de rappeler que cette société est sérieuse et qu'elle est finalement plutôt crédible dans ses stratégies industrielles
Je crois aussi à la disparition prochaine de la souris, mais je ne serais pas aussi radical que toi en disant que la tablette ne sera que passive. Je pense qu'on va y trouver des outils assez productifs, peut-être pour des usages limités (musique, dessin, carnet de notes) qui tireront parti de l'écran tactile et du facteur de forme. sans parle de tous les objets qui pourront communiquer avec elle...
Quand à la question de la disparition de l'ordinateur, la question est plutôt celle de la disparition du grand écran plat, et là, c'est quand même moins évident. Qui va gagner entre le confort des yeux et le confort du corps ?
Peut être qu'on aura les deux en meme temps ? La tablette et l'écran ?
Rédigé par: Hugues Sévérac | 08 février 2010 à 01:48
Excellent post
http://www.ted.com/talks/pranav_mistry_the_thrilling_potential_of_sixthsense_technology.html
Rédigé par: draggi | 08 février 2010 à 00:46
rafi n'est pas jaloux d'apple, il les trouve stupides. il trouve stupide d'être assis sur une montagne de fric et n'oser faire que des évolutions minimes, qui ne heurtent pas, qui ne révolutionnent pas
rafi est juste excité à l'idée qu'apple, dans un élan commercial et technologiquement timide, a quand même réussi à inventer UN chainon manquant qui pavera le chemin vers les objets 'intelligents et connectés' chers au même rafi, ci-dessus
Rédigé par: MKais | 07 février 2010 à 23:33
Lumineux. Entièrement d'accord sur l'ADN "poste de travail" qui se transmet bêtement à toutes les machines numériques jusqu'ici, excepté l'iPhone et son grand grère l'iPad, donc, avec ce faisceau de contraintes ergonomiques dans la relation du corps avec l'objet. Tellement vrai que l'ordinateur est conçu comme une machine à écrire, alors que l'iPad est conçu comme un téléphone. Pas le même modèle, pas le même usage, pas le même avenir.
Alors bon, t'aimes pas Apple ni le culte d'Apple, que tu exagères un peu en réduisant ses "fidèles" à des imbéciles aveugles et stupides. Mais parmi les gens qui aiment Apple (comme moi depuis peu), il y a veux qui aiment en Apple la capacité à produire ce que tu décris : des révolutions en termes d'usage. C'est ce qui fait d'Apple, contrairement à Microsoft, une entreprise qui fait du "design", au sens où le design est générateur d'expérience utilisateur (ou expérience humaine), et pas seulement de jolies formes marquées d'un logo magique.
PS : t'auras quand même encore un "clavier de merde" dans l'iPad, donc tu pourras encore écrire ce genre de choses et en même mieux, i.e. sans avoir l'impression d'être dans la productivité. :)
Rédigé par: Stéphane Vial | 07 février 2010 à 22:24
The media is the message : Marshall Mc Luhan - 1972
J.P. Sarte, c'était de l'humour, of course.
et tiens tant qu'à parler jeu de mot dans le titre : http://bit.ly/brxeIx
Merci à toi, l'aRf...
Et bravo, à part ton histoire de religion qu'est quand même un discours convenu... et usé jusqu'à la corde, le reste me va bien !
Rédigé par: jeanlou bourgeon | 07 février 2010 à 22:16
Merci pour cette lecture et merci pour une interprétation que je n'ai pas encore lu autour de cette tablette magique.
Rédigé par: Julien | 07 février 2010 à 19:48
je suis d'accord en rien, ou tout du moins j'ai VRAIMENT pas envie que ça se passe comme ça...
Élevé a l'atari ST, j'ai toujours plus envie de CREER avec mes ordinateurs depuis.
J'ai pas envie que ma fille de 5 mois pense que l'informatique c'est acheter des applis coussin péteur sur itunes, acheter des vidéos sur itunes ou acheter des mp3s sur itunes. J'ai envie qu'elle FASSE des applis, qu'elle CREE ces vidéos, ces musiques... Je deteste Apple, et je déteste le monde qu'est en train de créer Jobs....
Rédigé par: STuFFk | 07 février 2010 à 18:45
Très bon point de vue. Avec un addendeum: l'histoire de la défaite du clavier a commencé il y a longtemps avec une petite souris, qui n'était pas celle de Disney, mais celle de l'Apple 2.
Rédigé par: André Gunthert | 07 février 2010 à 18:34
... sans oublier qu'Apple pourrait provoquer l'étincelle qui redémarre le milieu de l'édition de contenus imprimés et accessoirement multimédias.
Alors que les acteurs de la chaîne de valeur du livre, du magazine et des mass media en général sont en guéguerre pour protéger leurs marges bénéficiaires parfois injustifiées (souvent au détriment d'autres acteurs de la même chaîne de valeur), Apple pourrait proposer un modèle à la iTunes qui apaise les ardeurs et, malgré tous ses défauts, soit adopté par tous les intervenants.
En somme, on ne saurait jamais quel modèle de distribution est le plus juste ou le plus viable, mais il serait de l'intérêt de tous de croire au modèle Apple et y adhérer. Tous les autres acteurs de l'industrie me semblent être en positions antagonistes "win-loose" (Amazon vs McMillan, Google vs le monde entier, etc.) et Apple pourrait s'avérer évangéliser un message "win-win" qu'une industrie effrayée et battue accepte.
Pour tout avouer, moi aussi je suis très jaloux d'Apple.
Rédigé par: Vahe Kassardjian | 07 février 2010 à 15:05