A l'occasion de l'inauguration par Altitude de son premier tronçon WIMAX dans
l’Eure, lu dans la Tribune « Le WIMAX sera à l’ordinateur portable ce que
l'ADSL est à l'Internet fixe ».
Bien sûr, je suis impliqué jusqu'au cou dans le Wi-Fi, tout ce que je
peux dire sur le WIMAX peut paraître suspect, mais ceci est mon blog, il faut
bien que je le meuble: je trouve de plus en plus le fantasme autour du WIMAX
absurde. Voici un étalage des raisons pour lesquelles je ne crois pas au
WIMAX :
Du nom
Le Wi-Fi (Waillefaille) porte un nom joliment kitch, Wireless Fidelity,
comme si des préoccupations marketing agressives n'avaient pas présidé à sa
naissance. Un jour, quelqu'un a du lancer ce nom, « Wireless-Fidelity ». Les
gens dans la salle ont trouvé ça rigolo, ça leur rappelait la vieille Hi-Fi de
leurs parents. Comme on avait des sujets plus importants à traiter, Wi-Fi a
été adopté par défaut. Je ne sais pas du tout si les choses se sont passées
comme ça, mais c'est le sentiment que donne le nom Wi-Fi.
Pour « WIMAX» (Why Max ?), on est d'emblée dans la surenchère et le
marketing (comme pour ADSL2+). WIMAX ça veut dire « Wireless plein ta gueule ».
« MAX » ça éclate, ça roule des mécaniques. C'est comme dans les pubs criardes
de la bande FM « un MAX de tubes ! un MAX de cadeaux ! un MAX de
sensations extrêmes !», ou dans Pepsi MAX (dont je n'ai jamais vraiment
compris le nom puisqu'il s'agit en fait de Pepsi Light, mais ils ne pouvaient
pas l'appeler Pepsi MIN).
Le nom WIMAX veut dire en filigrane: « on a vu l'engouement pour le
Wi-Fi, engouement que nous n'avons pas contrôlé. Il y a du marché là dedans. On
va faire une norme (ou rhabiller le 802.16) qui va nous permettre de reprendre
la main, un produit qui aura l'air plus plus, un jouet de grandes
personnes, on ne va pas se laisser déborder par la horde désordonnée du Wi-Fi
».
« Ah bon ? C'est ça tes arguments contre le WIMAX » se dit le
lecteur ? Non ! non ! m'empresse-je de répondre. Ce n'est pas parce qu'on a de
vrais arguments qu'on est obligé de les mettre au début. Poursuivons.
Du point de vue de la bête existence de la technologie
Le WIMAX ça n’existe pas. En tout cas, ça n'existe pas encore. La norme ne
sera publiée qu'à la fin de cette année. Cette publication concernera la
version 802.16a, c'est-à-dire celle qui permet aux opérateurs de créer des
liens fixes de point à point. La version réellement mobile du WIMAX (le 802.16e),
celle qui pourrait prétendre être « aux ordinateurs portables que ce que
l’ADSL est au PC », n'est pas attendue avant 2008. Le plus prochain des
WIMAX n’est prévu que pour connecter des bâtiments. A l'arrivée de la liaison
WIMAX on installe une borne Wi-Fi pour vous permettre de vous connecter et de
bouger un peu. Grâce au WIMAX, le Wi-Fi se développe encore plus.
Ce qui existe aujourd'hui, c'est le « pré-WIMAX », c'est-à-dire
du WIMAX fabriqué par une poignée de constructeurs et non kasherisé par la
norme.
De plus, il ne suffit pas qu'une technologie soit disponible pour qu'elle
soit immédiatement utilisable. Une fois accessible, une techno doit poursuivre
sa learning curve c'est-à-dire subir des améliorations successives nées
de l'essuyage des plâtres par les premiers utilisateurs. La learning curve d'une
techno est d'autant plus significative qu'il y a un grand nombre
d'utilisateurs. Il ne faut donc rien attendre du WIMAX avant la fin de l'année
prochaine si les choses vont très vite, c'est-à-dire qu’un nombre suffisant de
cobayes accepte d'en essuyer les plâtres. Sachant que l'utilisation du WIMAX est
soumise à licence, cela réduit considérablement le nombre d'expériences
susceptibles d'améliorer la norme.
Pendant ce temps, le Wi-Fi existe, je m’en sers à l’heure où je vous
parle, est adopté massivement dans le monde de Shenzen jusqu’au Col-du-Bonhomme
(67), constitue un marché substantiel réel et non prospectif, représente un
enjeu économique mesurable et, du coup, attire un nombre considérable
d'entreprises ou de projets open source de par le monde qui la font évoluer. Dit
autrement : si vous êtes une entreprise de technologie, vous avez intérêt
à développer des solutions qui améliorent le Wi-Fi parce qu’il a beaucoup
d’utilisateurs et qu’il y a donc de l’argent à gagner. Plus vous améliorez le
Wi-Fi plus il aura d’utilisateurs et plus le marché sera grand et tout et tout.
Ainsi la learning curve du Wi-Fi a plusieurs longueurs d'avance
sur celle du WIMAX. On ne voit pas encore quel moteur ferait que le WIMAX
démarrerait une spirale positive comme celle du Wi-Fi, surtout avec le boulet
de la licence qui limite le nombre de joueurs. Aujourd’hui le marché en France
pour de la techno WIMAX se limite à un seul potentiel client : Altitude
Telecom. Sauf le respect d’Altitude Telecom, ce n’est pas très motivant pour que
de nombreuses entreprises se réveillent pour apporter des solutions et faire évoluer
la norme.
En bref, le WIMAX est aujourd'hui attendu comme le retour du messie sur
terre, l'apparition de l'Imam caché ou l'avènement du socialisme réel dans
l'URSS de Staline. Pendant ce temps, dans cette vallée de larmes, le Wi-Fi
prospère .
Du point de vue des performances techniques
Le discours généralement entendu sur les performances du WIMAX dit ceci «
le WIMAX c'est cool, ça porte à 40 kilomètres avec des débits de 70 Mbs». (voir
par exemple).
Certaines versions affirment même que ça porte à 70 kilomètres, prenant
un nombre de mégabits pour une distance. Cela montre bien que nous sommes plus
dans le domaine du fantasme que de la connaissance réelle de la techno.
Dans les faits, d'après les happy few qui ont pu y avoir accès, et de
l’avis/aveu même des constructeurs, le WIMAX offre 70 Mbs de bande
passante et une portée allant jusque 30 kilomètres. C’est formidable ?
Peut-être, mais surtout, ça ne sert pas à grand-chose : trop peu, trop
loin.
On donne l'impression qu'il suffit de planter une antenne WIMAX quelque
part pour qu'à 40 kilomètres à la ronde, tout le monde puisse se connecter à 70
Mbs. Qu'il suffit en somme de mettre une antenne au sommet de la tour Eiffel
pour couvrir Paris et la petit couronne. Vu comme ça, c'est effectivement
magique, il faudrait le faire dès demain, sans attendre.
Or, en réalité, cette antenne a une capacité totale de 70 Mbs que
devront se partager tous les utilisateurs. Dans l'exemple tarte-à-la-crème de
la tour Eiffel, cela signifierait que toute la population de Paris et de la
petite couronne (8 millions d'habitants, de mémoire) se partagerait 70 Mbs, ce
qui donnerait un débit très proche de 0 par utilisateur potentiel. La question
n'est pas de savoir quel débit fait une antenne, mais entre combien
d'utilisateurs on partage ce débit. Si vous voulez partager 70 Mbs en donnant à
vos abonnés une capacité comparable à celle de l'ADSL, vous devez en moyenne
placer une antenne tous les 800 mètres dans une ville comme Paris. Le fait que
vos antennes portent à des dizaines des kilomètres ne vous sert à rien lorsque
vos clients sont à 400 mètres, voire peut être un handicap dans la gestion de
vos ondes et de vos cellules.
Une
antenne tous les 800 mètres ? C'est en somme, la même densité d'antennes que
celles qu'Ozone a retenu pour ses implantations en Wi-Fi. Le Wi-Fi peut
délivrer aujourd'hui 3x54 Mbs (nominaux) répartis sur une zone donnée. C'est
mieux que ce que peut faire le Wimax et surtout, ça coûte nettement moins cher.
Si vous devez démultiplier vos antennes, vous avez intérêt à ce qu’elles ne
coûtent pas cher, à moins que vous ne soyiez Orange et que vous jugiez
concevable que l’utilisateur paye des sommes d’un autre âge pour l’utilisation
du réseau. Le WIMAX est juste une manière de faire la même chose que ce que
nous faisons en Wi-Fi mais pour plus cher avec une technologie qui n'existe pas
encore.
Il reste que le WIMAX a probablement des usages très utiles en milieu
rural pour faire des liaisons point à point sur plusieurs kilomètres (le Wi-Fi
ne sait pas le faire sur plus de 9 kilomètres). Il peut servir à couvrir des
zones peu denses en population, c'est-à-dire celles dans lesquelles il est
concevable de se partager 70 Mbs à 40 kilomètres à la ronde. C'est certainement
une bonne nouvelle pour le monde rural, mais toute correctitude politique bue,
c'est un usage marginal. Les enjeux de la « fracture numérique » ne
sont pas suffisants pour déclencher une dynamique technologique et industrielle
autour du WIMAX. En tout cas pas suffisamment pour que les prix du WIMAX
atteignent ceux du Wi-Fi.
Le WIMAX, en terme de performances n'est qu'un jouet cher pour des
opérateurs qui ne conçoivent pas de pouvoir utiliser des technologies
accessibles au commun des mortels. Il en a été de même pendant longtemps pour
l'informatique : utiliser des PC pour des applications professionnelles a mis
du temps à s'imposer. Le clergé informatique a considéré que pour pouvoir faire
du travail sérieux et pour ne pas avoir l'air d'un plouc, il fallait absolument
avoir un mainframe, qu'un PC n'était qu'un jouet. Le Wi-Fi est aux télécommunications
ce que le PC a été aux mainframes.
Du point de vue de l'écosystème
Dans l’article susmentionné de la Tribune une citation d’une personne
d’Alcatel m’a fait beaucoup rire : « Nintendo a vendu 3 millions de
consoles DS, qui contiennent une puce Wi-Fi, en quatre mois. Si la DS avait
contenu une puce WIMAX, alors potentiellement 3 millions de personnes
pourraient se connecter à l’Internet». Avec des des « si » et des
« potentiellement » on peut effectivement imaginer des marchés
considérables. Mais pourquoi avez-vous besoin d’un marché potentiel lorsque
dans la même phrase vous venez de dire qu’il en existe un réel ?
Cette citation illustre très bien le problème de toute technologie qui
apparaît aujourd’hui. Il fut un temps où un opérateur télécom, un grand
constructeur de matériel, une grande boite de logiciels pouvait décider d’une
norme, un truc qui l’arrangeait bien et l’imposer au reste du monde. Tous les
utilisateurs, tous les autres constructeurs et développeurs de technologies
devaient s’aligner sur la position dictée par les « Grands ». C’est
l’approche créationniste de la technologie : si les choses existent et
sont comme elle sont, c’est parce que quelqu’un les a créées et a décidé qu’il
en fut ainsi par exemple Dieu, France Télécom ou Microsoft. Mais, depuis
que le monde entier est en réseau, que toutes les technologies et les
industries sont devenues interdépendantes, que des masses informes de développeurs
anonymes et sous-terrains (sans même un modèle économique) inventent eux aussi
des technologies, que l’utilisateur a d’autres options que dire « ainsi
soit-il » à toute norme décidée par un Grand, nous sommes dans un modèle
Darwinien, dans un écosystème.
Pourquoi diable Nintendo construirait-il des DS avec du WIMAX
dedans ? Les utilisateurs ont déjà des bornes Wi-Fi chez eux, des zones de
couverture Wi-Fi se développent partout, du hotspot de l’aéroport de Windhoek
Namibie à la couverture totale d’Atlanta. De la même manière, si vous devez
développer un réseau, pourquoi utiliseriez vous une technologie pour laquelle
il n’existe pas d’équipements terminaux, donc pas de clients. Nous sommes
typiquement dans la law of increasing returns. Plus de couverture => plus
d’équipements => plus d’usages => plus de couverture => plus
d’équipements => plus d’usages.
Dans le fantasme des fabricants du WIMAX, un jour leur technologie sera
disponible et ils diront aux possesseurs des 1 Milliard d’unités Wi-Fi
(estimation Gartner pour fin 2005): « jetez vos équipements Wi-Fi et
achetez du WIMAX qui coûte plus cher parce que ça nous arrange et parce que on
veut vous vendre des connexions en WIMAX ». Ils diront aussi aux
opérateurs : « installez du WIMAX, peu importe que vous n’ayez qu’une
poignée d’utilisateurs ». Ce qui arrange les constructeurs ou
éventuellement les opérateurs est de moins en moins déterminant quant à
l’adoption d’une technologie. Nous avons eu très récemment l’exemple du MP3, cette
norme qui n’arrangeait pas du tout les constructeurs : Sony ne voulait pas
en entendre parler, Microsoft ou Apple imaginaient d’imposer leur norme, l’industrie
des contenus la détestait (et la déteste encore). En très peu de temps le MP3
est devenu la norme principale d’encodage de fichiers audio présente dans tous
les équipements, supportée par quasiment tous les logiciels. Qui en a
décidé ? Pas Dieu. Pas Sony. Pas Microsoft. C’est une émergence spontanée.
L’écosytème l’a emporté sur le microcosme.
En résumé et selon le bon sens libano/arménien: il vaut mieux créer
un réseau pour des utilisateurs. Il faut faire du Wi-Fi parce qu’il y a des
utilisateurs potentiels qui ont l’équipement abordable qu’il faut. Il ne faut
pas faire de WIMAX parce qu’il n’y a pas d’utilisateurs équipés et qu’un
éventuel équipement coûtera très cher.
On a depuis longtemps dépassé le modèle top-down du minitel :
- crée un réseau
- subventionne/distribue 17 millions de terminaux
- et hop tu as un marché
(Ce modèle de développement est encore retenu de nos jours pour l’UMTS).
Ce modèle était encore concevable du temps où une technologie télécom ne
concernait qu’un marché local, que le prix des services associés était très
élevé et qu’il ne concernait qu’un seul type d’équipement: un minitel, un
téléphone portable. Mais lorsque la technologie réseau est utilisée mondialement,
que le prix pour l’utilisateur baisse et qu’elle est utilisable dans un nombre
de plus en plus important d’appareils : des PC, des téléphones, des PDA,
des Nintendo, des lapins, des walkman, des appareils photos et des ratons
laveurs, aucun opérateur aussi Orange soit-il, ne sera suffisamment riche pour
subventionner tout ni pour y trouver une rentabilité. Après tout, France
Télécom qui donnait gratuitement des Minitel, n’a pas donné des PC gratuits aux
abonnés de Wanadoo.
Aujourd’hui nous sommes dans un modèle bottom-up:
- regarde ce que l’écosystème met dans les mains des
utilisateurs.
- fournis un service qui utilise cette norme.
- ça coûte moins cher, ça va plus vite, il y a plus
d’usages.
Le problème c’est que lorsqu’on a été habitué à être Maître du Monde, il
est difficile de ce ranger à ce type de bon sens. Si votre puissance et vos
moyens financiers ne sont plus strictement déterminants, la vie vaut-elle la
peine d’être vécue ?
Le temps passe, je m’étais promis de faire court, alors je vais expédier
mes autres arguments de manière lapidaire :
Du point de vue des usages
Ce n’est pas tout d’avoir une technologie, encore faut-il qu’elle ait des
usages et de préférence beaucoup d’usages qui concernent beaucoup de monde. Pour
ça il y a une loi statistique simple : plus on essaye de choses, plus il
est probable qu’on trouve un usage vraiment killer. Plus on est nombreux à
pouvoir proposer des choses, plus il est probable que l’un d’entre nous puisse
découvrir, parfois par hasard ou à son corps défendant, un usage vraiment
killer. Par conséquent, la technologie la moins chère, la plus ouverte, la plus
facile d’accès, est celle qui permet au plus grand nombre de gens d’imaginer
des usages, de les détourner, de se les approprier. L’Internet s’est construit
comme ça. Aucun usage (rigoureusement aucun) de l’Internet n’est issu d’un
laboratoire de R&D, d’une équipe de sociologues, d’une cellule marketing
d’opérateur ou d’études de marché. Les killer applications de l’Internet (le
mail, le web, le peer to peer, google, e-bay) sont tous nés dans une cave à
l’initiative d’outsiders qui ne mesuraient même pas la portée de ce qu’ils
étaient en train de faire. Par comparaison, l’UMTS a inventé 2 usages
(deux) : télécharger un MAX de logos et de sonneries pour son portable (voir
le portail Vodafone ou Orange World) et faire de la visiophonie si on connaît quelqu’un
qui a aussi de l’UMTS.
Le Wi-Fi est une techno peu chère, des modules en open source pour
développer des applications autour du Wi-Fi pullulent. Si vous êtes un petit
génie de 19 ans dans le dortoir de votre université, il est peu probable que
vous ayez les moyens de développer des usages en WIMAX (encore moins en UMTS)
parce que ça coûte cher, que vous n’avez de toutes façons pas de licence et que
vous n’avez comme seule perspective que de vendre votre technologie à Altitude
Telecom. Avec les moyens de pauvre qui sont les vitres, vous allez le faire en
Wi-Fi.
Du point de vue des parents
L’argument massue des tenants du WIMAX est : « Intel y
croit ! »
Il y a encore des gens dans le monde qui pensent que si Intel ou
Microsoft ou France Télécom décident de quelque chose, c’est donc ça qu’on
aura. Ils vivent dans un monde facile et rassurant dans lequel il suffit de se
connecter tous les matins sur Intel.com pour savoir de manière certaine de quoi
l’avenir sera fait, comme une Pravda de la technologie. Intel veut le WIMAX,
donc tout le monde s’écrase.
J’ai dit plus haut ce que je pensais de l’obsolescence de la vision
« créationniste » des technologies et ma croyance dans les phénomènes
d’émergence spontanée que même Intel doit subir. Je dirais ici simplement que
si le marché du WIMAX est réduit à la possibilité de connecter des zones
rurales ce marché est très marginal pour un producteur massif de puces comme
Intel. Le support d’Intel pour le WIMAX est suspendu à une adoption massive du
WIMAX dans des équipements terminaux : des PC, des Nintendo, des appareils
photo, des téléphones. Or le 802.16 e (la version du Wimax qui
pourrait aller dans des équipements mobiles) n’est pas prévue avant 2007. A ce
moment là, il y aura 2,5 Milliard d’équipements Wi-Fi a remplacer par du WIMAX.
Même pour Intel, la tâche est titanesque. Il n’est pas exclu qu’à un moment
donné l’intérêt d’Intel pour le WIMAX retombe de par la modestie des
perspectives de volume. Ceci sonnerait le glas du WIMAX forum auquel Intel est
le seul à apporter une quelconque crédibilité.
Du point de vue de l'histoire
Enfin, ce qui est désespérant, c’est de voir qu’en 2005 nous ne semblons
pas avoir appris grand-chose de l’histoire. Nous avons toujours cette illusion
naïve selon laquelle c’est la meilleure technologie qui gagne (si tant est que
le WIMAX soit une meilleure technologie). La vision de l’ingénieur prend
toujours le pas sur celle du socio-économiste.
Et pourtant ce ne sont pas les contre exemples qui manquent: ce n’est pas
la meilleure technologie qui gagne, c’est la technologie qui, pour une raison
ou pour une autre, prolifère le plus qui gagne.
- Windows était bien inférieur à Mac OS. Qui a gagné ?
- Le MP3 n’est pas la meilleure techno d’encodage du son.
- Pendant que les opérateurs essayaient de développer le WAP, le SMS, ce
truc honteux de simplicité a explosé.
- L’Ethernet était considéré comme ne faisant pas le poids contre le
Token Ring.
- L'Internet était réputé non fiable, non securisé, sans QoS, ne pouvant
pas servir à quantité d’applications (la vidéo, la voix etc.)
- Le clavier Qwerty/Azerty a été inventé précisément pour ne pas
permettre aux gens de taper trop vite, mais aucun clavier plus efficace n’a pu
le remplacer.
- Le VHS a supplanté le Betamax qui était supérieur en qualité d’image
mais pour lequel il y a beaucoup moins de contenus (Sony interdisant notamment
qu’on fasse des films porno en Betamax).
- Enfin, l'Homme de Cro Magnon a supplanté l’homme de Néanderthal alors
que Néanderthal n’était en rien inférieur (quoi qu’aient longtemps prétendu les
tenants du Cro-Magnon-race-supérieure).
Les qualités intrinsèques d’une technologie ne sont que secondaires et
finissent, après coup et par nécessité par être améliorées. La prolifération
prime sur la qualité, s’il n’y a pas un mécanisme efficace de reproduction, il
y a bêtement extinction de la race. Dans tous les cas, c’est la techno la plus
accessible, la moins chère, la plus ouverte, la plus facilement reproductible
qui a proliféré (un jour je vous raconterai l’histoire de la supériorité du rat
sur le mammouth).
Le Wi-Fi est typiquement dans ce cas de figure. Sous l’effet d’un
malentendu, un nombre massif de gens, dans le monde entier se sont emparés de
cette technologie. Cette demande massive a fait chuter ses prix à des niveaux
ridicules la rendant encore plus accessible. Le Wi-Fi est une technologie
épouvantable. Et alors ? A-t-on vraiment d’autre choix que de faire
avec ? D’améliorer une technologie qui pullule plutôt que d’imaginer
une techno « parfaite », une techno qui nous arrange, qu’il nous
restera simplement à imposer à des milliards de gens ?
Hope this helps.
r.