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Mauvais esprit

22 juillet 2007

De l’incidence de l’incompatibilité Java/Firefox 2 sur le prix des vols d’Air France et le Diabète

Petite aventure véritable qui vient de m’arriver et que je ne peux que vous narrer ici.

Je voulais réserver trois billets pour une destination qui n’est pas particulièrement recherchée en ce moment (Beyrouth, allez savoir pourquoi).

Je vais sur AirFrance.fr. Je choisis mes vols, on m’annonce le prix : 1064 Euros par billet. Je complète le formulaire et découvre que je peux choisir mes sièges. Je clique sur le lien, une fenêtre s’ouvre qui essaye de charger quelque chose. Au bout de quelques minutes je comprends que le quelque chose que Firefox essaye de charger ne viendra jamais. Je ferme la fenêtre. Firefox plante.

Je rouvre Firefox, je reviens sur AirFrance.fr, je recommence le processus de réservation qui n’avait pas été sauvegardé. Je refais tout le parcours, et, à nouveau, je ne peux résister à la tentation de vouloir choisir mes sièges dans l’avion car l’expérience prouve que par défaut Air France a la fâcheuse manie de vous placer selon une logique prévue pour séparer systématiquement les gens.

A nouveau une fenêtre s’ouvre, à nouveau Firefox peine à télécharger le truc magique pour choisir ses sièges. A nouveau je ferme. Ca plante. Couic.

Et bien sûr je recommence, parce que je suis bête et buté. Je me dis que, tant pis, je ne choisirai pas mes sièges, que comme d’habitude on négociera dans l’avion pour être décemment assis.

Ouvrir Firefox, aller sur AirFrance.fr, resélectionner les vols et là surprise: le prix du billet n’est plus de 1064 Euros, mais de 1782 Euros.

AirFrance.fr dans la grande sagesse de ses algorithmes d’ajustement de tarifs en temps réel, a considéré que trois tentatives de réservation de billets pour Beyrouth en très peu de temps dénotaient d’une forte demande pour cette destination et a revu automatiquement ses prix à la hausse. Comme le monde est bien fait et en réseau, ce nouveau tarif était répercuté sur tous les autres sites de vente de billets d'avion. 

Alors j’ai attendu que ça se dégonfle. J’ai attendu que l’algorithme se rende compte qu’une recherche de billets n’est pas une vente de billet et qu’un supplément de 3x700 Euros pour un bug n’est pas justifié.

Je me suis reconnecté le lendemain (aujourd’hui) et j’ai refait ma réservation. Comme je m’y attendais les billets étaient revenus à leur prix initial de 1064 Euros. J’ai complété les formulaires en faisant très attention de ne pas cliquer sur l’assignation de sièges et tout a marché très bien. 

La morale de cette histoire est que : il suffit qu’un imbécile fasse une connerie mineure quelque part pour que ça puisse avoir une incidence sur plein d’autres gens. Il y a peut-être d’autres gens qui ont essayé d’acheter des billets pour Beyrouth hier après midi et qui les ont payé 70% plus cher simplement parce que le service informatique d’AirFrance n’a pas jugé bon de faire un système compatible avec Firefox (un navigateur mineur doivent-ils se dire). Et d’ailleurs pourquoi ont-ils choisi de faire ça en Java plutôt qu’en Flash ? Ca sent bon le service informatique à l’ancienne ça. Comment peut-on imaginer que le prix des billets d’avion puisse être sensible à un bug de browser web ? C’est une assez pathétique et édifiante illustration de l’histoire classique du mouvements des ailes d’un papillon.

Epilogue de cette histoire : après avoir fait ma réservation, j’ai reçu un email d’AirFrance me disant que je pouvais modifier les paramètres de mon vol.

Je suis donc retourné sur AirFrance.fr pour tenter de choisir des sièges. Mais, instruit par l’expérience, j’y suis allé avec Internet Explorer. Après identification, j’ai donc retrouvé les noms des trois personnes qui voyagent avec en face de chacune ses préférences en matière de repas en vol (aucune) ainsi que son siège (aucun assigné). Un bouton propose de modifier ces éléments. J’ai accédé à une page qui me proposait de choisir le type de repas dans un menu déroulant qui comprend : Diabétique, Musulman, Kasher, Végétarien et Enfant. Avec Diabétique comme valeur par défaut et aucune possibilité de dire qu’on ne répond à aucune de ces exigences et qu’on veut juste le médiocre plateau repas standard.

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Juste en dessous du choix des repas je pouvais enfin choisir mes sièges. Ce coup-ci l’application en Java a bien voulu fonctionner puisque j’utilisais le respectable Internet Explorer. Mais valider un siège revient automatiquement à valider un choix de repas. Comme je n’ai pas résisté à l’envie de choisir des sièges nous sommes condamnés à avoir des plateaux repas diabétiques.

Moralité, pour Air France tout le monde est diabétique et personne n’utilise Firefox.

28 novembre 2005

L’ADSL myope de trop regarder ses propres affiches ?

Petite interprétation fumeuse et lapidaire de celles dont je suis capable :

  • Il était une fois Napster créant le peer-to-peer et le besoin de télécharger beaucoup de gros fichiers.
  •  Par modem télécharger des chansons gratuitement coûte très cher.
  • Arrive l’ADSL qui dit : « téléchargez plus vite » et met sur sa bannière « Haut Débit » pour faire venir les téléchargeurs.
  • Les téléchargeurs sont contents. Ils voient le bénéfice immédiat.
  •  A force de voir Haut-Débit partout, le reste des utilisateurs, même ceux qui ne téléchargent pas, pensent que c’est ça qu’il leur faut sous peine d'être plouc. Le mythe du « Haut Débit » est créé.   

Mais voilà, ayant écrit « Haut Débit » sur ses affiches, l’opérateur finit par croire que c’est ça l’enjeu, que ce qui est important dans l’ADSL c’est le débit, que son métier par conséquent est Haut-Débiste. Il pense donc que l’avenir sera de fournir la même chose en mieux, donc plus de débit: demain le Très Haut Débit, le Très Très Très Haut Débit. 

Je ne dénie pas l'intérêt du Haut Débit. Mais si ce n’était pas le principal avantage de l’ADSL ?

Ce qu’a apporté l’ADSL ce ne sont pas seulement des débits plus importants que ceux dont nous disposions auparavant. La véritable révolution de l’ADSL a été celle d'offrir une connexion permanente: pouvoir envoyer un mail dès qu’une idée nous vient, travailler en discutant en IM, accéder spontanément à un document, à une information qui se trouve n’importe où. Cette connexion permanente transforme beaucoup plus les usages que le fait de disposer du haut débit. Il fait de la connexion une chose naturelle, indispensable, vitale. Elle crée un individu en réseau. 

D’un point de vue marketing, il n’aurait certes pas été imaginable que les opérateurs lancent l’ADSL en promettant simplement une connexion permanente à l’Internet. Peu de gens en auraient vu à priori l’utilité. La permanence de la connexion fait partie de ces choses (comme par exemple l’Internet ou la téléphonie mobile) auxquelles on s’accoutume, auxquelles on s’addicte, mais dont on ne soupçonne pas l’intérêt avant des les avoir essayés.

Posons donc le problème de la manière suivante :

  • Si l’apport de l’ADSL est le Débit : la priorité serait d’apporter encore plus de débit.
  • Si l’apport de l’ADSL est la permanence de la connexion de l’utilisateur: la priorité serait d’apporter encore plus de permanence dans la connexion de l’utilisateur.

A force de voir « Haut Débit » écrit sur leurs affiches, les opérateurs ont fini par penser que seul le débit importait. Ils se sont pour ainsi dire piégés eux même. Confondant un bête argument marketing opportuniste avec une vision à long terme.

Je dis ça, mais je me trompe peut-être.

29 mai 2005

Acharnement

Ca fait du bien de voir qu'on n'est pas seul à ne pas croire au Wimax.

Voici un papier intéressant http://www.thefeature.com/article?articleid=101480 (en anglais), repris par Daniel Caplan sur internetactu (et donc en français) sur http://www.internetactu.net/index.php?p=5873.

05 mai 2005

O tempora o mores

Je suis là, oisif au bord d'une piscine quelconque, d'un endroit quelconque sur une île quelconque d'un quelconque océan. Il ne se passe rien. Je suppose que c'est ce qu'on appelle des vacances. Alors, forcément, des phrases me reviennent comme un écho lointain de cette civilisation à laquelle indéniablement j’appartiens. La citation que je n’arrive pas aujourd’hui à chasser de mon esprit comme le refrain lancinant d’une chanson est : « le Wimax sera à l'ordinateur portable, ce que l'ADSL est à l'ordinateur fixe », dite par je ne sais plus qui dans un article de la Tribune.

Ce qui me fascine lorsque je ritournelle cette phrase c'est l'état d'esprit qui la sous-tend. Décortiquons ce que cela dit:

A - les gens ont des ordinateurs
B - aujourd'hui les gens ont de plus en plus des ordinateurs portables
C - un ordinateur portable n'est pas toujours au même endroit
D - nous allons construire un réseau pour que les ordinateurs portables puissent se connecter à Internet (les gens qui pensent comme ça disent se connecter à Internet et pas se connecter à l'Internet - Internet est un produit, un service, l'Internet est un concept, voire une philosophie).

En somme la démarche ABCD ci-dessus est très straight forward:

  • il existe un problème
  • apportons une solution
  • ramassons le pognon (si je dis pognon, c'est pour la rime).

Si je n'avais pas peur d'être lourd en citant ce que moi-même ai écrit, je dirais que c'est un bel exemple de pensée Power Point.

Or les lacunes de ce raisonnement sont:

A - Les gens ont des ordinateurs … mais pas seulement: ils ont des PDA, des voitures, des iPod, des appareils photos, des jeux et jouets électroniques. Et la liste s'allonge tous les jours. Fabriquer du machin électronique devient tellement peu cher qu'il en sort de partout, souvent fabriqués par des gens qu'on ne connaissait pas il y a dix voire cinq voire deux voire un an (en particulier des chinois). Chercher une solution pour un seul type d'appareils est dangereusement réducteur.

B - Les gens ont de plus en plus d'ordinateurs portables. Certes. Mais d'une part cela concerne un nombre limité de gens (mais comme cela concerne les gens que nous fréquentons directement et que nous avons le sentiment d'être le centre du monde, nous faisons une obsession sur ces gens là). Les gens ont de plus en plus de tout: d'appareils photo numériques, d'iPod, de GPS ou de ratons laveurs.

C - Un ordinateur portable n'est pas toujours au même endroit. C'est vrai pour l'ordinateur portable, mais pourquoi penser le monde avec l'ordinateur au centre: celui qui n'est pas toujours au même endroit c'est l'homme, avec ou sans ordinateur.

D - Nous allons construire un réseau qui permettra aux ordinateurs portables de se connecter. Ici, le problème est dans l'utilisation du futur (as in « le wimax sera à l'ordinateur portable ce que… »). On considère donc que le monde attendra patiemment qu’on lui trouve une solution. Qu'ayant constaté un problème aujourd'hui, les télécoms vont mettre l'évolution du monde sur pause, construire un réseau en 4 ou 5 ans et faire play à nouveau. Le monde de l'équipement électronique, cryogénisé en attendant que vous développiez votre réseau, va sortir de sa léthargie et constater que, pendant son sommeil, les petits animaux de la forêt ont tout mis en ordre comme dans Blanche Neige.

Hélas, le monde de l'électronique est de plus en plus difficile à contenir et n'a pas vraiment l'air de vouloir attendre.

Cb0379102Le souci fondamental est donc celui là: il faut du temps pour construire un réseau. Le construire par rapport à une vision du monde d'aujourd'hui, pour répondre à des besoins d'aujourd'hui est un moyen très sur d'aller vers l'accident industriel. Non seulement il faut de nombreuses années pour construire un réseau, mais une fois construit il lui faut encore quelques années pour être massivement utilisé. Nous sommes donc aujourd'hui en train d'imaginer un utilisateur vers 2012-2015. Quelque chose me dit que l'imaginer avec un pc portable envoyant un email à 5 euros depuis la terrasse d'un café est une vision kitsch. Regardez la photo ci-jointe. Croyez-vous qu’elle pourrait avoir été prise en avril 2015, qu'en dix ans rien ne va changer ?

Ce que nous faisons des réseaux aujourd'hui était-il prédictible en 95 ? (en fait, oui, mais pas par les tenants de l'Internet (Internet) d'aujourd'hui). Contemplez l'exemple édifiant de l'UMTS qui a mis 6 ou 7 ans à construire un réseau qui répond aux usages imaginés en 97-98. On considère toujours que dans l'écosystème tumultueux des technologies dites de l'information, l'Opérateur Télécom est le Roi Lion, qu’il est naturel de penser que la jungle des technologies attend ses décisions, qu'une fois son réseau construit, le reste de l'écosystème est automatiquement frappé d'alignement.

L'exercice n'est (malheureusement ?) pas aussi facile et simpliste que le modèle en trois étapes:

A - détecter un problème

B - construire la solution en 5 ou 6 ans

C - ramasser le pognan

Il est plutôt comme suit:

  • contempler l'ensemble des phénomènes en marche dans l'écosystème depuis les années 40 et pas depuis votre dernière lecture des quotidiens économiques
  • supposer néanmoins que les tendances de long terme (celles en marche depuis l'ENIAC) ont peu de chance de régresser, même si vous êtes le maître du monde: empowerment de l'utilisateur, dépendance au réseau, ubiquité de l'électronique, effet de propagation biologique, mobilité allant de soi, interopérabilité, mondialisation ...
  • poser comme seule certitude le fait que l’on ignore à quoi ressemblera l'écosystème dans 10 ans, quels seront les usages killer, sur quels types d'appareils, avec quel business model (if any), avec quels acteurs clef.

Alors comment construire un réseau pour des usages qu'on ignore et qu'il peut être dangereux de supputer:

  • considérer que le réseau le plus ouvert, celui qui n'est conçu pour aucun usage en particulier mais permettant a priori d'en inventer a le plus de chance de ne pas se trouver ringardisé
  • considérer que les technologies les moins chères ont le moins de barrières pour se retrouver dans tout un tas d'équipements puisqu'on ne sait pas quels seront les équipements/usages les plus pertinents en 2015.

Alors, c'est vrai qu'à l'arrivée votre problème reste entier puisque votre Power Point aura cette gueule:

  • construire un réseau
  • pour faire je ne sais pas quoi
  • avec je ne sais quel appareil
  • qui va peut-être être inventé
  • par je ne sais pas qui.
  • Et vous ne pourrez pas rajouter une slide « ramasser le pognon » à la fin, bien que rien ne dise qu'il n'y en aura pas. Le business model pertinent vient en aval des usages. Quand il vient en amont il est susceptible de tuer l'usage et de devenir un business model virtuel.

Voilà. Tout ça étant dit, je vais peut-être aller me baigner. Hope this helps quand même.

r.

PS: je n'écris pas tout ca sur un ordinateur portable.

17 avril 2005

Pour en finir (une bonne fois pour toutes ?) avec le WIMAX

A l'occasion de l'inauguration par Altitude de son premier tronçon WIMAX dans l’Eure, lu dans la Tribune « Le WIMAX sera à l’ordinateur portable ce que l'ADSL est à l'Internet fixe ».

Bien sûr, je suis impliqué jusqu'au cou dans le Wi-Fi, tout ce que je peux dire sur le WIMAX peut paraître suspect, mais ceci est mon blog, il faut bien que je le meuble: je trouve de plus en plus le fantasme autour du WIMAX absurde. Voici un étalage des raisons pour lesquelles je ne crois pas au WIMAX :  

Du nom

Le Wi-Fi (Waillefaille) porte un nom joliment kitch, Wireless Fidelity, comme si des préoccupations marketing agressives n'avaient pas présidé à sa naissance. Un jour, quelqu'un a du lancer ce nom, « Wireless-Fidelity ». Les gens dans la salle ont trouvé ça rigolo, ça leur rappelait la vieille Hi-Fi de leurs parents. Comme on avait des sujets plus importants à traiter, Wi-Fi a été adopté par défaut. Je ne sais pas du tout si les choses se sont passées comme ça, mais c'est le sentiment que donne le nom Wi-Fi.

Pour « WIMAX» (Why Max ?), on est d'emblée dans la surenchère et le marketing (comme pour ADSL2+). WIMAX ça veut dire « Wireless plein ta gueule ». « MAX » ça éclate, ça roule des mécaniques. C'est comme dans les pubs criardes de la bande FM « un MAX de tubes ! un MAX de cadeaux ! un MAX de sensations extrêmes !», ou dans Pepsi MAX (dont je n'ai jamais vraiment compris le nom puisqu'il s'agit en fait de Pepsi Light, mais ils ne pouvaient pas l'appeler Pepsi MIN).

Le nom WIMAX veut dire en filigrane: « on a vu l'engouement pour le Wi-Fi, engouement que nous n'avons pas contrôlé. Il y a du marché là dedans. On va faire une norme (ou rhabiller le 802.16) qui va nous permettre de reprendre la main, un produit qui aura l'air plus plus, un jouet de grandes personnes, on ne va pas se laisser déborder par la horde désordonnée du Wi-Fi ».

« Ah bon ? C'est ça tes arguments contre le WIMAX » se dit le lecteur ? Non ! non ! m'empresse-je de répondre. Ce n'est pas parce qu'on a de vrais arguments qu'on est obligé de les mettre au début. Poursuivons. 

Du point de vue de la bête existence de la technologie

Le WIMAX ça n’existe pas. En tout cas, ça n'existe pas encore. La norme ne sera publiée qu'à la fin de cette année. Cette publication concernera la version 802.16a, c'est-à-dire celle qui permet aux opérateurs de créer des liens fixes de point à point. La version réellement mobile du WIMAX (le 802.16e), celle qui pourrait prétendre être « aux ordinateurs portables que ce que l’ADSL est au PC », n'est pas attendue avant 2008. Le plus prochain des WIMAX n’est prévu que pour connecter des bâtiments. A l'arrivée de la liaison WIMAX on installe une borne Wi-Fi pour vous permettre de vous connecter et de bouger un peu. Grâce au WIMAX, le Wi-Fi se développe encore plus.

Ce qui existe aujourd'hui, c'est le « pré-WIMAX », c'est-à-dire du WIMAX fabriqué par une poignée de constructeurs et non kasherisé par la norme.

De plus, il ne suffit pas qu'une technologie soit disponible pour qu'elle soit immédiatement utilisable. Une fois accessible, une techno doit poursuivre sa learning curve c'est-à-dire subir des améliorations successives nées de l'essuyage des plâtres par les premiers utilisateurs. La learning curve d'une techno est d'autant plus significative qu'il y a un grand nombre d'utilisateurs. Il ne faut donc rien attendre du WIMAX avant la fin de l'année prochaine si les choses vont très vite, c'est-à-dire qu’un nombre suffisant de cobayes accepte d'en essuyer les plâtres. Sachant que l'utilisation du WIMAX est soumise à licence, cela réduit considérablement le nombre d'expériences susceptibles d'améliorer la norme.

Pendant ce temps, le Wi-Fi existe, je m’en sers à l’heure où je vous parle, est adopté massivement dans le monde de Shenzen jusqu’au Col-du-Bonhomme (67), constitue un marché substantiel réel et non prospectif, représente un enjeu économique mesurable et, du coup, attire un nombre considérable d'entreprises ou de projets open source de par le monde qui la font évoluer. Dit autrement : si vous êtes une entreprise de technologie, vous avez intérêt à développer des solutions qui améliorent le Wi-Fi parce qu’il a beaucoup d’utilisateurs et qu’il y a donc de l’argent à gagner. Plus vous améliorez le Wi-Fi plus il aura d’utilisateurs et plus le marché sera grand et tout et tout.

Ainsi la learning curve du Wi-Fi a plusieurs longueurs d'avance sur celle du WIMAX. On ne voit pas encore quel moteur ferait que le WIMAX démarrerait une spirale positive comme celle du Wi-Fi, surtout avec le boulet de la licence qui limite le nombre de joueurs. Aujourd’hui le marché en France pour de la techno WIMAX se limite à un seul potentiel client : Altitude Telecom. Sauf le respect d’Altitude Telecom, ce n’est pas très motivant pour que de nombreuses entreprises se réveillent pour apporter des solutions et faire évoluer la norme.

En bref, le WIMAX est aujourd'hui attendu comme le retour du messie sur terre, l'apparition de l'Imam caché ou l'avènement du socialisme réel dans l'URSS de Staline. Pendant ce temps, dans cette vallée de larmes, le Wi-Fi prospère .  

Du point de vue des performances techniques

Le discours généralement entendu sur les performances du WIMAX dit ceci « le WIMAX c'est cool, ça porte à 40 kilomètres avec des débits de 70 Mbs». (voir par exemple).

Certaines versions affirment même que ça porte à 70 kilomètres, prenant un nombre de mégabits pour une distance. Cela montre bien que nous sommes plus dans le domaine du fantasme que de la connaissance réelle de la techno.

Dans les faits, d'après les happy few qui ont pu y avoir accès, et de l’avis/aveu même des constructeurs, le WIMAX offre 70 Mbs de bande passante et une portée allant jusque 30 kilomètres. C’est formidable ? Peut-être, mais surtout, ça ne sert pas à grand-chose : trop peu, trop loin.

On donne l'impression qu'il suffit de planter une antenne WIMAX quelque part pour qu'à 40 kilomètres à la ronde, tout le monde puisse se connecter à 70 Mbs. Qu'il suffit en somme de mettre une antenne au sommet de la tour Eiffel pour couvrir Paris et la petit couronne. Vu comme ça, c'est effectivement magique, il faudrait le faire dès demain, sans attendre.

Or, en réalité, cette antenne a une capacité totale de 70 Mbs que devront se partager tous les utilisateurs. Dans l'exemple tarte-à-la-crème de la tour Eiffel, cela signifierait que toute la population de Paris et de la petite couronne (8 millions d'habitants, de mémoire) se partagerait 70 Mbs, ce qui donnerait un débit très proche de 0 par utilisateur potentiel. La question n'est pas de savoir quel débit fait une antenne, mais entre combien d'utilisateurs on partage ce débit. Si vous voulez partager 70 Mbs en donnant à vos abonnés une capacité comparable à celle de l'ADSL, vous devez en moyenne placer une antenne tous les 800 mètres dans une ville comme Paris. Le fait que vos antennes portent à des dizaines des kilomètres ne vous sert à rien lorsque vos clients sont à 400 mètres, voire peut être un handicap dans la gestion de vos ondes et de vos cellules.

Une antenne tous les 800 mètres ? C'est en somme, la même densité d'antennes que celles qu'Ozone a retenu pour ses implantations en Wi-Fi. Le Wi-Fi peut délivrer aujourd'hui 3x54 Mbs (nominaux) répartis sur une zone donnée. C'est mieux que ce que peut faire le Wimax et surtout, ça coûte nettement moins cher. Si vous devez démultiplier vos antennes, vous avez intérêt à ce qu’elles ne coûtent pas cher, à moins que vous ne soyiez Orange et que vous jugiez concevable que l’utilisateur paye des sommes d’un autre âge pour l’utilisation du réseau. Le WIMAX est juste une manière de faire la même chose que ce que nous faisons en Wi-Fi mais pour plus cher avec une technologie qui n'existe pas encore.

Il reste que le WIMAX a probablement des usages très utiles en milieu rural pour faire des liaisons point à point sur plusieurs kilomètres (le Wi-Fi ne sait pas le faire sur plus de 9 kilomètres). Il peut servir à couvrir des zones peu denses en population, c'est-à-dire celles dans lesquelles il est concevable de se partager 70 Mbs à 40 kilomètres à la ronde. C'est certainement une bonne nouvelle pour le monde rural, mais toute correctitude politique bue, c'est un usage marginal. Les enjeux de la « fracture numérique » ne sont pas suffisants pour déclencher une dynamique technologique et industrielle autour du WIMAX. En tout cas pas suffisamment pour que les prix du WIMAX atteignent ceux du Wi-Fi.

Le WIMAX, en terme de performances n'est qu'un jouet cher pour des opérateurs qui ne conçoivent pas de pouvoir utiliser des technologies accessibles au commun des mortels. Il en a été de même pendant longtemps pour l'informatique : utiliser des PC pour des applications professionnelles a mis du temps à s'imposer. Le clergé informatique a considéré que pour pouvoir faire du travail sérieux et pour ne pas avoir l'air d'un plouc, il fallait absolument avoir un mainframe, qu'un PC n'était qu'un jouet. Le Wi-Fi est aux télécommunications ce que le PC a été aux mainframes.

Du point de vue de l'écosystème

Dans l’article susmentionné de la Tribune une citation d’une personne d’Alcatel m’a fait beaucoup rire : « Nintendo a vendu 3 millions de consoles DS, qui contiennent une puce Wi-Fi, en quatre mois. Si la DS avait contenu une puce WIMAX, alors potentiellement 3 millions de personnes pourraient se connecter à l’Internet». Avec des des « si » et des « potentiellement » on peut effectivement imaginer des marchés considérables. Mais pourquoi avez-vous besoin d’un marché potentiel lorsque dans la même phrase vous venez de dire qu’il en existe un réel ?

Cette citation illustre très bien le problème de toute technologie qui apparaît aujourd’hui. Il fut un temps où un opérateur télécom, un grand constructeur de matériel, une grande boite de logiciels pouvait décider d’une norme, un truc qui l’arrangeait bien et l’imposer au reste du monde. Tous les utilisateurs, tous les autres constructeurs et développeurs de technologies devaient s’aligner sur la position dictée par les « Grands ». C’est l’approche créationniste de la technologie : si les choses existent et sont comme elle sont, c’est parce que quelqu’un les a créées et a décidé qu’il en fut ainsi par exemple Dieu, France Télécom ou Microsoft. Mais, depuis que le monde entier est en réseau, que toutes les technologies et les industries sont devenues interdépendantes, que des masses informes de développeurs anonymes et sous-terrains (sans même un modèle économique) inventent eux aussi des technologies, que l’utilisateur a d’autres options que dire « ainsi soit-il » à toute norme décidée par un Grand, nous sommes dans un modèle Darwinien, dans un écosystème.

Pourquoi diable Nintendo construirait-il des DS avec du WIMAX dedans ? Les utilisateurs ont déjà des bornes Wi-Fi chez eux, des zones de couverture Wi-Fi se développent partout, du hotspot de l’aéroport de Windhoek Namibie à la couverture totale d’Atlanta. De la même manière, si vous devez développer un réseau, pourquoi utiliseriez vous une technologie pour laquelle il n’existe pas d’équipements terminaux, donc pas de clients. Nous sommes typiquement dans la law of increasing returns. Plus de couverture => plus d’équipements => plus d’usages => plus de couverture => plus d’équipements => plus d’usages.

Dans le fantasme des fabricants du WIMAX, un jour leur technologie sera disponible et ils diront aux possesseurs des 1 Milliard d’unités Wi-Fi (estimation Gartner pour fin 2005): « jetez vos équipements Wi-Fi et achetez du WIMAX qui coûte plus cher parce que ça nous arrange et parce que on veut vous vendre des connexions en WIMAX ». Ils diront aussi aux opérateurs : « installez du WIMAX, peu importe que vous n’ayez qu’une poignée d’utilisateurs ». Ce qui arrange les constructeurs ou éventuellement les opérateurs est de moins en moins déterminant quant à l’adoption d’une technologie. Nous avons eu très récemment l’exemple du MP3, cette norme qui n’arrangeait pas du tout les constructeurs : Sony ne voulait pas en entendre parler, Microsoft ou Apple imaginaient d’imposer leur norme, l’industrie des contenus la détestait (et la déteste encore). En très peu de temps le MP3 est devenu la norme principale d’encodage de fichiers audio présente dans tous les équipements, supportée par quasiment tous les logiciels. Qui en a décidé ? Pas Dieu. Pas Sony. Pas Microsoft. C’est une émergence spontanée. L’écosytème l’a emporté sur le microcosme.

En résumé et selon le bon sens libano/arménien: il vaut mieux créer un réseau pour des utilisateurs. Il faut faire du Wi-Fi parce qu’il y a des utilisateurs potentiels qui ont l’équipement abordable qu’il faut. Il ne faut pas faire de WIMAX parce qu’il n’y a pas d’utilisateurs équipés et qu’un éventuel équipement coûtera très cher.

On a depuis longtemps dépassé le modèle top-down du minitel :

  • crée un réseau
  • subventionne/distribue 17 millions de terminaux
  • et hop tu as un marché

(Ce modèle de développement est encore retenu de nos jours pour l’UMTS).

Ce modèle était encore concevable du temps où une technologie télécom ne concernait qu’un marché local, que le prix des services associés était très élevé et qu’il ne concernait qu’un seul type d’équipement: un minitel, un téléphone portable. Mais lorsque la technologie réseau est utilisée mondialement, que le prix pour l’utilisateur baisse et qu’elle est utilisable dans un nombre de plus en plus important d’appareils : des PC, des téléphones, des PDA, des Nintendo, des lapins, des walkman, des appareils photos et des ratons laveurs, aucun opérateur aussi Orange soit-il, ne sera suffisamment riche pour subventionner tout ni pour y trouver une rentabilité. Après tout, France Télécom qui donnait gratuitement des Minitel, n’a pas donné des PC gratuits aux abonnés de Wanadoo.

Aujourd’hui nous sommes dans un modèle bottom-up:

  • regarde ce que l’écosystème met dans les mains des utilisateurs.
  • fournis un service qui utilise cette norme.
  • ça coûte moins cher, ça va plus vite, il y a plus d’usages.

Le problème c’est que lorsqu’on a été habitué à être Maître du Monde, il est difficile de ce ranger à ce type de bon sens. Si votre puissance et vos moyens financiers ne sont plus strictement déterminants, la vie vaut-elle la peine d’être vécue ?


Le temps passe, je m’étais promis de faire court, alors je vais expédier mes autres arguments de manière lapidaire :

Du point de vue des usages

Ce n’est pas tout d’avoir une technologie, encore faut-il qu’elle ait des usages et de préférence beaucoup d’usages qui concernent beaucoup de monde. Pour ça il y a une loi statistique simple : plus on essaye de choses, plus il est probable qu’on trouve un usage vraiment killer. Plus on est nombreux à pouvoir proposer des choses, plus il est probable que l’un d’entre nous puisse découvrir, parfois par hasard ou à son corps défendant, un usage vraiment killer. Par conséquent, la technologie la moins chère, la plus ouverte, la plus facile d’accès, est celle qui permet au plus grand nombre de gens d’imaginer des usages, de les détourner, de se les approprier. L’Internet s’est construit comme ça. Aucun usage (rigoureusement aucun) de l’Internet n’est issu d’un laboratoire de R&D, d’une équipe de sociologues, d’une cellule marketing d’opérateur ou d’études de marché. Les killer applications de l’Internet (le mail, le web, le peer to peer, google, e-bay) sont tous nés dans une cave à l’initiative d’outsiders qui ne mesuraient même pas la portée de ce qu’ils étaient en train de faire. Par comparaison, l’UMTS a inventé 2 usages (deux) : télécharger un MAX de logos et de sonneries pour son portable (voir le portail Vodafone ou Orange World) et faire de la visiophonie si on connaît quelqu’un qui a aussi de l’UMTS.

Le Wi-Fi est une techno peu chère, des modules en open source pour développer des applications autour du Wi-Fi pullulent. Si vous êtes un petit génie de 19 ans dans le dortoir de votre université, il est peu probable que vous ayez les moyens de développer des usages en WIMAX (encore moins en UMTS) parce que ça coûte cher, que vous n’avez de toutes façons pas de licence et que vous n’avez comme seule perspective que de vendre votre technologie à Altitude Telecom. Avec les moyens de pauvre qui sont les vitres, vous allez le faire en Wi-Fi.

Du point de vue des parents

L’argument massue des tenants du WIMAX est : « Intel y croit ! »

Il y a encore des gens dans le monde qui pensent que si Intel ou Microsoft ou France Télécom décident de quelque chose, c’est donc ça qu’on aura. Ils vivent dans un monde facile et rassurant dans lequel il suffit de se connecter tous les matins sur Intel.com pour savoir de manière certaine de quoi l’avenir sera fait, comme une Pravda de la technologie. Intel veut le WIMAX, donc tout le monde s’écrase.

J’ai dit plus haut ce que je pensais de l’obsolescence de la vision « créationniste » des technologies et ma croyance dans les phénomènes d’émergence spontanée que même Intel doit subir. Je dirais ici simplement que si le marché du WIMAX est réduit à la possibilité de connecter des zones rurales ce marché est très marginal pour un producteur massif de puces comme Intel. Le support d’Intel pour le WIMAX est suspendu à une adoption massive du WIMAX dans des équipements terminaux : des PC, des Nintendo, des appareils photo, des téléphones. Or le 802.16 e (la version du Wimax qui pourrait aller dans des équipements mobiles) n’est pas prévue avant 2007. A ce moment là, il y aura 2,5 Milliard d’équipements Wi-Fi a remplacer par du WIMAX. Même pour Intel, la tâche est titanesque. Il n’est pas exclu qu’à un moment donné l’intérêt d’Intel pour le WIMAX retombe de par la modestie des perspectives de volume. Ceci sonnerait le glas du WIMAX forum auquel Intel est le seul à apporter une quelconque crédibilité.

Du point de vue de l'histoire

Enfin, ce qui est désespérant, c’est de voir qu’en 2005 nous ne semblons pas avoir appris grand-chose de l’histoire. Nous avons toujours cette illusion naïve selon laquelle c’est la meilleure technologie qui gagne (si tant est que le WIMAX soit une meilleure technologie). La vision de l’ingénieur prend toujours le pas sur celle du socio-économiste.

Et pourtant ce ne sont pas les contre exemples qui manquent: ce n’est pas la meilleure technologie qui gagne, c’est la technologie qui, pour une raison ou pour une autre, prolifère le plus qui gagne.

  • Windows était bien inférieur à Mac OS. Qui a gagné ?
  • Le MP3 n’est pas la meilleure techno d’encodage du son.
  • Pendant que les opérateurs essayaient de développer le WAP, le SMS, ce truc honteux de simplicité a explosé.
  • L’Ethernet était considéré comme ne faisant pas le poids contre le Token Ring.
  • L'Internet était réputé non fiable, non securisé, sans QoS, ne pouvant pas servir à quantité d’applications (la vidéo, la voix etc.)
  • Le clavier Qwerty/Azerty a été inventé précisément pour ne pas permettre aux gens de taper trop vite, mais aucun clavier plus efficace n’a pu le remplacer.
  • Le VHS a supplanté le Betamax qui était supérieur en qualité d’image mais pour lequel il y a beaucoup moins de contenus (Sony interdisant notamment qu’on fasse des films porno en Betamax).
  • Enfin, l'Homme de Cro Magnon a supplanté l’homme de Néanderthal alors que Néanderthal n’était en rien inférieur (quoi qu’aient longtemps prétendu les tenants du Cro-Magnon-race-supérieure).

Les qualités intrinsèques d’une technologie ne sont que secondaires et finissent, après coup et par nécessité par être améliorées. La prolifération prime sur la qualité, s’il n’y a pas un mécanisme efficace de reproduction, il y a bêtement extinction de la race. Dans tous les cas, c’est la techno la plus accessible, la moins chère, la plus ouverte, la plus facilement reproductible qui a proliféré (un jour je vous raconterai l’histoire de la supériorité du rat sur le mammouth).

Le Wi-Fi est typiquement dans ce cas de figure. Sous l’effet d’un malentendu, un nombre massif de gens, dans le monde entier se sont emparés de cette technologie. Cette demande massive a fait chuter ses prix à des niveaux ridicules la rendant encore plus accessible. Le Wi-Fi est une technologie épouvantable. Et alors ? A-t-on vraiment d’autre choix que de faire avec ? D’améliorer une technologie qui pullule plutôt que d’imaginer une techno « parfaite », une techno qui nous arrange, qu’il nous restera simplement à imposer à des milliards de gens ?

 

Hope this helps.

r.

 

 

 

Sites officiels de ce que je fais dans la vie

A tribute to every fucking tree of Death Vlei

  • Dsc08309
    Ces arbres sont morts il y a plus de 5000 ans, debout au milieu de nulle part dans le désert de Namibie. Ce sont les ancêtres de tous les arbres morts du monde. On peut même dire que le plus vieux des arbres vivants n'arrive pas à la cheville de ces arbres morts. Un arbre mort vit donc plus longtemps qu'un arbre vivant. Quelle belle leçon de courage. Nous nous devions donc de féliciter chacun d'entre eux. Solennellement.

Extension de la portée des bombes

  • Dsc013781
    Juillet 2006. Les bombes pleuvent sur le Liban mais peut-être pas seulement. Toutes ces paraboles dressées sur les toits de maisons au Maroc, sont elles négligeables ?

NIM: Les Non-Inoubliables Moments

Personal Networks

  • Dsc00055
    Voici des photos que j'ai prise à Beyrouth (Liban), plus précisément dans le quartier arménien (Bourj Hammoud). Pendant la guerre du Liban, tous les services publics faisant défaut, les libanais se sont mis à développer leurs propres infrastructures. Les rues sont toutes traversées par des câbles qui vont d'immeuble en immeuble. Ces câbles transportent (plus ou moins légalement): de l'électricité, des lignes de téléphone d'un immeuble à l'autre, des réseaux de télévision offerts par le Video Club du coin. Ces réseaux sont particulièrement fournis dans le quartier arménien où tout le monde est souvent à portée de câble d'un cousin. Ces images préfigurent pour moi ce que seraient des Personal Networks, c'est à dire la possibilité offerte à tout un chacun de créer son propre réseau pour se connecter à des membres de sa communauté. Nous sommes passés des ordinateurs centralisés à des ordinateurs personnels, nous tenons pour naturel d'avoir le pouvoir de traiter des données comme nous l'entendons sur nos PC. Les nouvelles technologies de réseau (le Wi-Fi pour ne pas le nommer) sont l'équivalent pour les réseaux de ce qu'ont été les PC dans les années 70-80. Le Wi-Fi peut remplacer les câbles qui ont été tendus dans le quartier arménien et rendre moins laide et fastidieuse l'interconnexion des gens. Imaginez les rues que j'ai photographiées avec plein de réseaux qui les strient mais de manière invisible. Imaginez surtout que toutes les rues de toutes les villes deviennent comme les rues du quartier arménien de Beyrouth, sans qu'on ait forcément besoin d'une guerre pour y arriver. r.